Alta Via Stage Race, étape finale !

Final stage au cœur de la province d’Impéria

8e et dernière étape sur l’Alta Via Stage Race et pas des moindres puisqu’il s’agit de l’étape la plus montagneuse de la semaine avec ses 81 kilomètres et 2300 mètres de dénivelé. Allez, on quitte ce joli village piémontais d’Alto pour se rendre à Pigna, c’est parti !

Par Fred Ischard – Photos : Alta Via Stage Race/Nicola Damonte

Cette étape est assez particulière car seule la seconde moitié du parcours se déroule en mode chrono, on a donc une longue liaison cumulant 34 kilomètres et 1300 mètres de dénivelé à effectuer pour rejoindre le départ de la course. Je trouve ça plutôt chouette car ça permet de profiter beaucoup plus de ce début de parcours proposé qui est particulièrement joli.

Chacun s’élance donc à l’heure qu’il le souhaite à son rythme. De mon côté, je profite de mes derniers instants dans ce village d’Alto, le petit-déjeuner est convivial, je m’avale deux grands gobelets de café, range mon sac et le fait acheminer pour la dernière fois de la semaine, c’est un sentiment étrange de penser que c’est bientôt la fin d’une incroyable aventure humaine et sportive. Le ciel est couvert, la météo incertaine en ce dernier jour de course, je m’élance du coup un peu couvert avec manchettes et coupe-vent.

A peine sorti du village, je m’engouffre dans un chouette chemin technique qui longe le torrent Pennavaire. On passe sous des falaises et on aperçoit quelques grottes, ce secteur très sauvage est vraiment chouette. C’est physique d’entrée mais le fait d’être en liaison permet de prendre son temps même si l’heure de départ chrono est prévu à 10h30 soit dans à peine plus de 2 heures. Après avoir escaladé 200 mètres de dénivelé, on retrouve une petite route par laquelle on va monter 100 mètres supplémentaires pour se retrouver au village de Caprauna, nous sommes à 950 mètres d’altitude, j’enlève veste et manchettes puis continue l’ascension en rattrapant des coureurs partis avant moi dont une joyeuse bande de très sympathiques bourguignons avec qui j’ai eu plaisir à partager de bons moments pendant la semaine.

La suite de cette première ascension est très agréable, une route de 4 kilomètres à 7% de moyenne sous les arbres et je me retrouve en compagnie de Joan Pons, actuel 3e au classement général avec qui il est agréable de passer une vingtaine de minutes à partager nos différentes expériences. Au sommet, nous voici au col de Caprauna à 1380 mètres d’altitude, l’occasion de prendre quelques photos car un magnifique décor s’ouvre devant nos yeux. On bascule ensuite dans une descente très rapide alternant route et piste, j’y croise un troupeau de vaches, ça rigole ! Après 400 mètres de dénivelé dévalés, nous voici au col de Nava, un sommet situé à 950 mètres d’altitude sur l’axe routier entre Impéria et Turin. C’est ici que se trouve le premier ravito du jour dont je peux profiter sans aucune retenue car nous sommes toujours en liaison. Bon, je n’ai pas très faim et me contente de quelques morceaux de melon. Après 5 bonnes minutes de pause, je repars pour attaquer la 2e ascension du jour, les 9 kilomètres pour monter au village de San Bernardo de Mendatica, une escalade sur asphalte à 4% de moyenne très très agréable, permettant de roulotter sans lâcher trop de cartouches pour la suite et c’est après 47 minutes de roulage que je me retrouve 400 mètres plus haut au village de San Bernardo. Allez, encore 4 kilomètres de montée douce et me voici à la station de ski de Monesi di Triora à 1380 mètres d’altitude. C’est ici que sera donné le départ chrono.

La course 

Il est 10h35, j’ai quelques minutes de retard mais au vu de l’incapacité pour de nombreux coureurs à tenir le délai pour arriver à l’heure prévu au départ chrono, les commissaires de course décident donc de remplacer le départ en masse prévu par des départs par vagues. Au moment où j’arrive, le duo Francesco Gaffuri/Elias Van Hoeydonck, les espagnols Joan Pons et Victor Ubeda ainsi que l’italienne Gaïa Ravaioli s’élancent pour les 35 kilomètres en mode chrono. Je décide donc de ne pas traîner, je recharge mon bidon rapidement et je m’élance une minute après dans la vague suivante. Stratégiquement, ça m’oblige à faire le forcing pour rattraper mon plus proche adversaire et à lui reprendre une minute supplémentaire. Je m’élance donc le couteau entre les dents, ultra motivé en donnant tout dès cette première ascension qui n’est autre que la suite de l’ascension que l’on escalade depuis le col de Nava. On se retrouve sur une piste de montagne, les 3 premiers kilomètres à 8% sur une pente régulière changent radicalement avec les affreuses pentes affrontées pendant la semaine, les jambes sont bonnes et je ne réfléchis pas, je fonce ! Je double l’italienne Gaïa Ravaioli partie une minute avant moi après ces 3 premiers kilomètres, j’aperçois l’espagnol Victor Ubeda qui se donne à fond également, je ne parviens pas à reprendre un mètre ! Après 8 kilomètres d’ascension, voici le sommet et le point culminant de cet Alta Via Stage Race, le Passo del Tanarello à 2000 mètres d’altitude ! Il m’a fallu 40 minutes pour escalader ces 8 kilomètres et 600 mètres de dénivelé et l’écart est toujours d’une minute avec mes adversaires de la vague précédente, bref chacun roule à bloc sur cette dernière étape.

Le décor est juste magnifique, un vrai paysage alpin où l’on admire un panorama sur tout le Piémont. On bascule sur une descente large avec pas mal de pierres où l’on peut lâcher les freins en faisant toutefois attention à ne pas sortir du chemin ou casser le matériel sur ce chemin cassant. Nous passons côté français pour quelques instants lors des 5 kilomètres de cette descente avalés en moins de 10 minutes. Nous sommes redescendus à 1700 mètres d’altitude et je poursuis par une section quasi plate pendant 3 kilomètres en suivant la crête qui marque la frontière franco-italienne, je donne tout ce que j’ai mais je perds quand même 30 secondes supplémentaires sur mon redoutable adversaire espagnol. Avec maintenant 3 minutes de retard au général, ça semble compliqué d’aller chercher le top 5 dans les 12 derniers kilomètres. Je reste motivé et je m’élance à fond dans la dernière difficulté de la semaine, les 3 kilomètres pour monter au col Bertrand, la pente est un peu plus raide et je parviens à ce sommet. Ensuite, une piste rapide nous mène au refuge d’Agneira où l’on bascule côté italien dans une descente où malheureusement pour moi, l’arrivée chrono sera raccourcie afin de garantir la sécurité de tous les coureurs, ainsi on aura seulement 4 kilomètres de descente sur une piste rapide et pleine de cailloux. Me jetant à fond dans la descente, je double le duo Francesco Gaffuri/Elias Van Hoeydonck qui a crevé et je fais la jonction avec les espagnols Joan Pons et Victor Ubeda mais l’arrivée interviendra trop tôt pour avoir une chance de poursuive la remontée.

Je franchis donc la ligne d’arrivée chrono avec un joli 2e temps final derrière le hollandais Juul Van Loon qui signe sa 2e victoire d’étape, un bon lot de consolation car je reste à la 6e place du classement final, 1 minute 30 derrière l’espagnol Victor Ubeda qui complète le podium. Ayant profité au maximum de cette dernière journée sans aucune pression, le hollandais Gosse Van Der Meer est le grand vainqueur de cette 7e édition de l’Alta Via Stage Race malgré une 7e place sur cette étape finale. Son compatriote Juul Van Loon, vainqueur quant à lui de deux victoires d’étape, prend la seconde place et c’est l’espagnol Joan Pons qui complète le podium. Chez les duos, ultra domination du duo Francesco Gaffuri/Elias Van Hoeydonck qui a remporté toutes les étapes possibles. Le duo hollandais Hoedemaeckers/Van Lienden prend la 2e place. Chez les dames, l’italienne Gaïa Ravaioli aura tenu son rôle de favorite après l’abandon de la portugaise Ilda Pereira lors de la 4e étape, elle remporte cette Alta Via Stage Race devant l’ukrainienne Olena Novikova et c’est la très courageuse belge Gwen Voets qui complète le podium.

Après un petit ravitaillement mérité, il nous reste encore une dizaine de kilomètres en liaison pour rejoindre la ligne d’arrivée finale à Pigna. On passe devant le refuge Allavena à 1545 mètres d’altitude puis l’organisation laisse le choix aux coureurs de suivre l’itinéraire classique par une superbe descente longue et technique ou de suivre la route pour redescendre en douceur par la route d’où l’on peut admirer la barrage du lac de Ténarda et les somptueux massifs montagneux de la province d’Impéria. Cette liaison est un vrai régal et permet de profiter à fond des derniers moments de cet Alta Via Stage Race. Clap de fin sur cette incroyable aventure, la ligne d’arrivée finale est franchie, pas d’ambiance festive à l’arrivée mais peu importe, chaque coureur finisher peut avoir la satisfaction et la fierté d’avoir bouclé 590 kilomètres et 19500 mètres de dénivelé répartis sur 9 jours de course. Un délicieux ravito avec pasta party, pizzas et foccacias à volonté, la cérémonie de remise des prix récompensant les vainqueurs scratchs et des différentes catégories et la remise des fameux T-shirt « finishers » viennent conclure formidablement cette inoubliable semaine.

L’Alta Via Stage Race, le bilan

A l’heure du retour en France, il est grand temps de dresser un bilan de cet Alta Via Stage Race. Dans les grandes lignes, je ne suis absolument pas déçu, cette épreuve est une magnifique découverte. Tout d’abord, j’adore le principe d’épreuve itinérante où plus qu’une course, on part à la découverte d’un territoire et la Ligurie regorge de sites incontournables touristiques et culturels. Le tracé suit le sentier GR de l’Alta Via Monti Dei Liguri, l’idée d’une traversée de la Liguri d’Est en Ouest m’a donc beaucoup séduit.

L’accueil a été bien soigné, on ressent de suite une ambiance familiale sans aucune prise de tête. Il ne faut ensuite pas s’attendre à une organisation parfaitement ficelée avec un programme réglé comme une horloge. L’organisation est une petite équipe dont les membres se comptent sur les doigts des deux mains et donne le maximum pour s’adapter en permanence aux exigences et soucis des participants. Il y’a donc une part d’improvisation qu’il faut être en mesure d’accepter, pour autant, l’épreuve tient parfaitement la route. Concernant le parcours, la trace a été correcte du début à la fin, impossible de se perdre sauf si on lit mal son GPS, certaines sections ayant même été balisées sur le terrain pour faciliter le pilotage sur certaines descentes. D’un point de vue personnel, j’ai trouvé qu’il y avait un peu trop de sections asphaltées, j’aurais été favorable à un tracé encore un peu plus sur le fameux « GR Alta Via », néanmoins j’ai beaucoup apprécié la variété de décor et les jolies descentes empruntées, surtout les 4 premiers jours où le parcours était juste top.

Concernant l’hébergement, les campements étaient très propres avec des sanitaires en « dur » à proximité, des repas « collation » après course et des dîners d’excellentes qualité favorisé par le fait que l’on était accueilli dans des établissements hôteliers ou des campings tout en dormant sous tente, une très bonne formule qui permet d’apporter une dose de confort à l’aventure non négligeable, nous ne sommes pas dans quelque chose de totalement sauvage ! Le transport des bagages a été parfaitement assuré tout comme le montage des tentes, c’est également très appréciable. Un jet d’eau ou un nettoyeur haute pression était disponible tous les soirs à chaque campement et une assistance technique a également été assurée. Le service de massage était également proposé chaque jour pour un tarif très abordable et une qualité de service plus que correcte. Mon seul bémol concerne les petits déjeuners qui ne sont pas totalement en accord avec les efforts à fournir durant la course et quelques approximations concernant l’organisation globale qui n’aura pour autant pas tant influé sur la qualité de l’épreuve.

Je tiens donc à tirer un coup de chapeau et à remercier Vanessa Chiesa, Annamaria Messina et leur petite équipe qui ont réussi à tenir cette organisation malgré les règles sanitaires et les difficultés d’organisation qu’impose une épreuve itinérante sur 9 jours. Le rapport qualité/prix/prestations proposé est à la hauteur de la semaine inoubliable que j’ai passé. Certes, il faut être préparé physiquement pour effectuer près de 600 kilomètres mais surtout gravir quasiment 20000 mètres de dénivelé mais cette expérience vaut vraiment le coup d’être vécue. Je n’ai pas précisé les ravitaillements de très bonne qualité pendant la course et la possibilité (certes avec une pénalité en conséquence) de shunter une étape en reliant le campement suivant par la route et le littoral afin de profiter d’une journée off. Bref, mille et une raisons de venir visiter cette charmante région du nord de l’Italie, la Ligurie vaut vraiment le détour et l’Alta Via Stage Race vaut vraiment le coup d’être vécue ! Alors, rendez-vous en juin 2022 pour la 8e édition de l’Alta Via Stage pour 9 jours de bonheur !

Voir aussi :
Alta Via Stage Race, étape 7
– Alta Via Stage Race, étape 6
– Alta Via Stage Race, étape 5
– Alta Via Stage Race, étape 4
– Alta Via Stage Race, étape 3
– Alta Via Stage Race, étape 2
Alta Via Stage Race, étape 1
Alta Via Stage Race 2021, c’est parti !

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