La route à tombeau ouvert, l’incivilité envers les cyclistes

Les accidents de la route impliquant des cyclistes n’ont jamais été aussi nombreux, plus largement médiatisés qu’à l’accoutumée ces derniers mois il est vrai. En raison des grands noms nous ayant quitté, ou ayant été victimes de violences routières en France, mais aussi dans d’autres pays d’Europe et même du monde. Si le problème de la cohabitation vélos/automobilistes n’est pas nouveau, il n’a jamais atteint une telle ampleur…

La vidéo ci-dessous, publiée récemment par Bérengère Sérot / France Télévisions, regroupe diverses images de caméras embarquées par plusieurs usagers de la route en France.

Les images parlent d’elles même. Quelle place donne-t-on au vélo sur la chaussée, y compris lorsque des bandes cyclables sont indiquées ? Et cela ne concerne pas que les « petits » 1,3 millions de français utilisant leur vélo comme moyen de locomotion, en ville majoritairement, puisque les pratiquants sportifs restent exposés sur nos belles routes de campagne. La route fait de plus en plus peur, on voit d’ailleurs de plus en plus de « routiers » s’orienter vers la pratique Gravel pour de raisons de sécurité.

La raison du plus fort est toujours la meilleure

Le puissant loup estimant la route lui appartenant écrase les agneaux venant troubler ses trajectoires, son rythme – de course parfois. Et l’agneau tente en vain de contrecarrer cette définition d’usage unique du bitume. Le loup a des arguments pour renchérir et justifier son statut de « dictateur de la route » à commencer par son imposante surpuissance devant lui offrir le champ libre… Et puis il lâche le traditionnel « Les cyclistes roulent n’importe comment et ne respectent pas le code de la route ». Pas entièrement faux sur ce dernier point, puisqu’il y’a effectivement quelques règles d’usage de la chaussée à faire rentrer chez certains cyclistes (en Suisse ils en sont convaincus, voir ici ). Mais évidement, le conducteur automobile est lui irréprochable, conduisant et maitrisant parfaitement son véhicule en toute circonstance… Il n’y a d’ailleurs jamais d’accidents de la route entre les 4 roues motorisés, c’est bien connu. Ah oui c’est vrai, quand il y’en a mais c’est à cause de la vitesse, et on met alors beaucoup de radars pour atténuer le problème.

Chacun pour sa tronche

Les accidents de la route, en voilà un point délicat. « L’incivilité envers les cyclistes » avons nous titré, mais le problème est plus important puisque les accidents entre usagers de la route concernent aussi toutes sortes de véhicules motorisés au pétrole, impliquant d’autres machines du même type. Les raisons ? Inattention, vitesse excessive dans certaines conditions, usage au volant d’accessoires externes au véhicule, utilisation des 172 options de l’auto… Mais un phénomène ayant toujours existé s’est largement amplifié ces dernières années et plus particulièrement les plus récentes (ces 2 dernières années dirons nous et spécialement en France) : l’égoïsme.

Rapporté au trafic routier, le constat est alarmant. Ville, routes secondaires ou voies rapides, il suffit de faire une journée de voiture pour dresser un bilan assez négatif de la situation appelant les « bons » automobilistes à être attentifs et réactifs face aux comportements dangereux de trop nombreux conducteurs. Stops grillés, classique refus de priorité à droite, absence de contrôle rétro pour changer de file ou quitter une voie de parking, pas de clignotant, voitures « garées » sur la voie du milieu ou de gauche sur l’autoroute, trajectoires aléatoires, stationnement gênant avec les feux de détresse… La route est devenue une jungle, le « chacun pour soi » s’impose toujours plus au détriment de la courtoisie et du bon sens. Et la cohabitation vélos/automobilistes en pâtit forcément dans un pays où l’on a développé la culture de l’automobile à outrance. Ne vous embêtez pas à marcher ou pédaler, prenez votre voiture c’est bien mieux ! D’ailleurs certaines villes (Bordeaux par exemple) font aujourd’hui marche arrière en ouvrant à nouveau le centre ville aux voitures en retirant des zones aménagées précédemment en mobilité douce.

Des solutions et des actions ?

Il y’en a évidement, même si elles ne sont pas toujours faciles à mettre en oeuvre. Pourtant, plus nombreux seront les vélos sur les routes, moins il y’aura d’accidents.
Le mouvement « Mon vélo est une vie » récemment créé (voir ici) et nombre d’actions locales existent mais il est dur de se faire entendre et/ou comprendre face à des élus, des pouvoirs publics manquant ou n’attribuant pas de budgets aux mobilités douces ni à la sécurité, et ne souhaitant pas forcément prendre le risque de perdre de l’électorat… Certaines zones urbaines reçoivent des aménagements, parfois simples mais efficaces comme l’autorisation donnée aux cyclistes de prendre un sens interdit à vélo, avec un marquage au sol et quelques panneaux aux carrefours informant bien les différents usagers de la route pour que tout fonctionne correctement. A l’inverse, d’autres communes s’opposent formellement à ce type de circulation et de cohabitation.

Le cul entre deux chaises

Le gouvernement promet des améliorations, mais la politique de l’autruche reste la tendance pour des raisons évoquées précédemment. Alors on crée des mesures pour dire que l’on agit, le port du casque obligatoire aux moins de 12 ans, une action aussi efficace et pertinente que l’arrosage d’une pelouse avec un verre de table… Elle a le mérite cependant d’être raccord avec le système du radar automatique, on est pas dépaysé.

Division

Devenu problématique, le partage de la route doit muter vers un partage des routes face à une forme de point de non retour. L’Allemagne et la Hollande en sont des exemples où « commuters » et cyclistes sportifs y trouvent leur compte grâce à des axes séparés. Chez nous, on peut citer Strasbourg, où bus, tramways, voitures et vélos disposent chacun d’un espace de circulation unique dédié, et plus d’un strasbourgeois sur dix roule sans casque en toute quiétude… Au coeur des montagnes aussi, où les cols alpins deviennent l’été le temps d’une journée réservés aux cyclistes, également des anciennes lignes de chemins de fer transformées en belles pistes cyclables. Mais il en faudra bien plus pour éradiquer les accidents graves liés à des comportements difficilement acceptables…

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6 commentaires sur “La route à tombeau ouvert, l’incivilité envers les cyclistes”

  1. Votre remarque sur Bordeaux me surprend. Vous auriez plus d’info sur la/les zones « rendues » aux véhicules à moteur ?

    1. Bonjour, n’ayant vérifié sur place, cela ne concerne (heureusement) à priori que très peu de zones, de mémoire l’info est sortie cet hiver, les arguments des commerçants ayant décidé la ville à revoir certains points d’accès réouverts aux automobiles. En termes de déplacement, la politique de la ville reste cependant axée sur le développement des transports en commun (tramway notamment) et de la mobilité douce avec toujours des objectifs clairs (60% des trajets en transport en commun, à pied ou en vélo) à l’horizon 2030.

  2. 70% des conducteurs estiment que les autres conduisent mal.
    85% des conducteurs pensent qu’ils conduisent bien.
    Y’a pas un truc qui cloche?

  3. Ben en fait LE NOMBRE de mort a énormément diminué depuis 2000. Merci la baisse de la vitesse des voitures, comme quoi …

  4. Étant cycliste a la moindre occasion en ville notamment en velotaf (a Lyon) et automobiliste quand je ne peux faire autrement, je constate aussi depuis 2 ans l’incivilité croissante. Le phénomène le plus marquant étant les voitures qui grillent volontairement les feux rouges en les prenants pour des « cédez le passage », je ne parle même pas des autres automobilistes qui commencent à s’arrêter quand le feu vient de passer au rouge : le feu piéton étant vert depuis 5s des voitures passent encore en pleine accélération…

  5. Voilà pourquoi quand la rue est très étroite je prends de l’avance au feu, pour éviter de me faire projeter sur les bagnoles (les voitures n’ont pas la patience de suivre un vélo qu’elle ne peuvent pas doubler, alors certains doublent quand même).

    Voilà pourquoi j’ai pris 979 € d’amende pour 3 feux grillés. Coupable de tenir à ma vie.

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