FRENCH DIVIDE : Interview de Pierre Arnaud Le Magnan

Pierre Arnaud Le Magnan, au départ de la première vague de cette seconde édition de la French Divide, n’est pas passé inaperçu avec son vélo atypique. Président fondateur de la marque Chiru, cet adepte des longues distances a testé un nouveau modèle de la gamme pour rejoindre Mendionde en 9 jours, 12 heures, 52 minutes…

Photos : Milo Pix, French Divide et DR

Retour sur les « vacances heureuses » de Pierre Arnaud Le Magnan, un français chinois revenu au pays le temps d’une French Divide !

VELOCHANNEL.COM : Boss de Chiru et vététiste spécialisé endurance, pour celles et ceux ne te connaissant pas, peux tu présenter ton parcours sportif et professionnel de ces dernières années ?
Pierre Arnaud le Magnan : J’ai bientôt 49 ans et je suis ingénieur design et matériau de formation. J’ai commencé la compétition en voile des l’âge de 8 ans et en équipe de France à 13 ans mais cela fait à peu près dix ans que je cours en VTT Endurance, en commençant tout d’abord par le raid aventure pour ensuite m’orienter vers la pratique du XC Marathon, 24 heures MTB solo ainsi que du XTerra. Depuis 2013 environ, je participe beaucoup aux épreuves de longue distance en Chine puisque j’habite à Hong-Kong, sur route ou bien en VTT. C’est grâce à cela qu’il m’est arrivé de rouler dans des zones proches du Tibet en Haute altitude (5000m) sur des distances de plus de 1500 km ou sur la traversée de l’île d’Haïnan mais également au niveau du «Paris Brest Paris chinois» sur 1200 km.

Je mêle évidemment ma carrière sportive et ma carrière professionnelle puisque que je suis le fondateur de la marque Chiru Bikes, créée pour répondre à mes besoins matériels personnels avec une ligne de vélos spécifiquement conçue pour les raids me permettant de rouler le plus longtemps possible dans le confort et l’efficacité qui amène la performance sur le long.
Puis j’ai finalement décidé de participer à la French Divide et de créer un vélo spécifique pour cette course, le Chiru Divider.

Première French Divide pour toi, quand et comment t’es venue cette idée ?
A l’origine je souhaitais participer au Tour Divide aux États-Unis mais n’arrivait pas à me décider étant donné le temps que cela mobilisait. Lorsque j’ai appris qu’une French Divide, plus courte, s’était mise en place, j’ai saisi l’opportunité de participer à cette course moins chronophage.

Quelle préparation pour cette épreuve ?
Au niveau de la préparation j’ai plutôt été très léger sur le plan physique, rien de spécial et je n’ai d’ailleurs pas beaucoup roulé les six mois précédant l’épreuve. J’étais donc un peu inquiet mais je bénéficie d’une bonne endurance de fond puisque je roule toute l’année depuis pas mal de temps, je me suis appuyé sur cet acquis. Je bénéficie aussi de beaucoup d’expérience sur les courses longue durée étant donné tout mon passé sportif, cela me permet donc de pouvoir prendre des décisions pendant la course avec beaucoup de sérénité.

Côté matériel, ma passion étant de fabriquer des vélos, je me suis naturellement penché sur le design d’un VTT spécifique pour la French Divide et j’ai donc travaillé six mois en amont pour créer ce vélo en titane qui m’apporte un confort ultime permettant de pédaler jusqu’à 15 à 20 heures par jour, ainsi qu’une fiabilité maximale afin de ne pas être stoppé ou ralenti par un des composants qui pourraient casser pendant la course.

Et quel objectif en tête au départ ?
Mon objectif au départ de chaque épreuve est toujours de terminer la course, je ne me mets habituellement aucun objectif de position si ce n’est que de faire le mieux possible par rapport à mon état du jour. Je reporte donc toutes mes attentes sur la préparation… donc pas forcément ultra confiant sur ma forme physique, car un surpoids s’est installé depuis 6 mois. Mais la course est longue et avoir un peu de gras en réserve peux s’avérer utile !

Quelles sont tes impressions, quel retour peux tu faire sur cette FD, d’un point de vue personnel (ta course, la façon de la gérer jour après jour) ?
Mes impressions sur la course, il y en a beaucoup d’un point de vue personnel. Je dirais que tout s’est très bien passé, je suis extrêmement satisfait puisque je n’ai eu absolument aucun ennui mécanique, aucun réglage à reprendre, aucune crevaison, aucune chute donc c’est très positif de ce côté là, contrat rempli pour l équipement.

Il y a bien sûr beaucoup d’améliorations et toujours de nouvelles choses que l’on apprend sur chaque course et je pourrais effectivement améliorer ma navigation, aller un peu moins vite aux embranchements pour ne pas me tromper car ça m’est arrivé beaucoup de fois. Peut-être aussi essayer de rouler un peu plus longtemps la nuit, emporter un peu moins de matériel… Mais pas de gros regrets.
Sur la gestion globale de la course, c’était aussi très intéressant humainement. Le fait de rencontrer des gens alors qu’on traverse la France en vélo, ça facilite énormément le contact. Les rencontres avec les personnes que j’ai croisé ont été toujours très positives et c’est très agréable d’avoir effectivement pu se retrouver avec des personnes ouvertes et réceptives. De bien jolis moments qui laissent de bons souvenirs. Une petite lueur dans l’œil, un sourire, ça marque beaucoup.
Mon seul regret est peut-être cependant de ne pas avoir énormément de souvenirs car je me rends compte que ma mémoire reste imprécise tant la densité d’événements est forte et le niveau de fatigue élevé. Certains souvenirs ne sont pas présents maintenant mais ils reviendront avec le fil du temps ou lorsqu’on évoque certains événements.

Bref, on a ce feeling d’atteindre le Graal quand on se trouve un endroit pour se mettre au sec le soir, voire prendre une douche chaude et éventuellement un lit ! Ca te ramène aux bases de ce qu’est le bonheur en fait, tout est relatif mais il faut savoir se nourrir de ces petits moments de bonheur…

Des anecdotes tout de même ?
Oui, j’ai perdu mes lunettes lors d’un portage à travers un champ d’orties, ça fait circuler le sang on me dira… Mais par la suite j’ai pris une branche dans l’oeil (plus précisément, mon oeil qui voit le mieux), et là ça a été du roulage dans une grande nébuleuse pendant 30 km jusque la prochaine pharmacie. Un petit nettoyage, de nouvelles lunettes de soleil et c’est reparti.

Ma veste de pluie est passée dans la roue arrière et le frein, j’avais l’air d’avoir été attaqué par un ours quand je la portais ! Heureusement, la pluie s’est un peu calmé et je suis arrivé 20 mn avant que le bouclard du centre de Cahors ne ferme et suis reparti avec une veste toute neuve. Une dépense onéreuse imprévue, mais sans regret vu les averses prises ensuite.

Et ton point de vue d’une manière globale sur l’événement en comparaison à ce que tu as déjà fait ? Vois tu des points à améliorer côté organisation, tracé, etc ?
Il n’y a pas grand chose à dire tant l’organisation est minimaliste sur ce type d’épreuve… L’organisateur avait en tout cas bien fait son travail de préparation au niveau des traces. Mais je ne viens pas sur une épreuve pour la qualité de l’organisation et de la prestation, c’est comme pour choisir de voler sur telle ou telle compagnie aérienne où je ne choisis pas celle où l’on mange le mieux, ni aux sourires que l’on vous fait pendant le vol. Le principal est que l’essentiel soit là. 

Il est de toute façon impossible de créer un parcours « maîtrisé à 100% » du fait de la météo, de la végétation qui évolue sans cesse. Pour ma part, plus le passage est compliqué, mieux c’est ! Ca ne me dérange pas d’avoir à effectuer des portages, ce qui me rappelle le raid aventure.


Ce tracé permet de relier la Manche, le nord de la France avec le Sud-Ouest et l’océan Atlantique, en ce sens la symbolique est intéressante mais c’est aussi le fait d’emprunter des chemins sur 70% du parcours qui permet de découvrir cette France profonde et rurale. Et là c’est le dépaysement total, voire brutal. Il est parfois très difficile de s’alimenter et de trouver des magasins qui ne sont de plus pas forcément ouverts, il faut donc prévoir au moins 12 heures de nourriture à l’avance, voire 24 heures sur certaines zones.

Côté matériel, ton vélo était quelque peu atypique ! Titane, boite Pinion, fourche rigide, explique nous tes choix. Verra t’on ce vélo dans la gamme 2018 ?
Je me suis orienté vers le titane avant tout pour les propriétés de confort dues à sa souplesse et pour sa résistance à la fatigue et à la corrosion. Fiabilité de la transmission avec l’absence totale de maintenance, grâce à la boîte Pinion couplée à une courroie Gates Carbon Drive.


J’ai choisi également de rouler avec une fourche rigide pour des soucis de légèreté sachant que le parcours ne serait pas très cassant ni technique dans sa majorité. La tige de selle permet également d’absorber les vibrations et de donner de la souplesse lorsque le terrain est caillouteux. Le cadre est également étudié pour avoir une bonne souplesse verticale, ce qui amène du confort. J’utilise un cintre Baramind permettant d’absorber les vibrations et les petits chocs au niveau des bras.
Les roues proviennent de la marque Carbon Endurance Composant (CEC) et pèsent 1,23 kg la paire de roues 29 pouces en 28 rayons et largeur extérieure de jante de 30 mm. Tout a tenu le choc sur les 2200 km en ne subissant aucune déformation, malgré la plateforme tout rigide, elles sont toujours parfaitement alignées ce qui était un très bon test compte tenu du poids total du vélo chargé à 17 kg sans le pilote ! A vide, ce vélo en taille M pèse 10,9 kg sans pédales, il est au catalogue 2018 de Chiru et préfigure une nouvelle ligne titane pour des applications longue distance. Plus d’infos : www.chirubikes.com/divider titanium ultra distance

Voir aussi :
French Divide 2017, le bilan #1 !
– French Divide #2, c’est parti !

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