A-Cross The 3, un sacré défi !

Une aventure inoubliable !

Une trace intégralement typée VTT, une aventure de malade, ce défi est vraiment un sacré challenge que nous avons tenté de surmonter. Embarquez avec nous pour un petit voyage à travers l’Allemagne, le Luxembourg et la Belgique, c’est parti !

Par Fred Ischard

Rappelons un peu le principe de cet ACT3 : une trace GPS à suivre sur un parcours de 500 kilomètres cumulant 11000 mètres de dénivelé positif à effectuer en autonomie totale sans la moindre assistance possible. C’est donc ce défi que nous ont proposé de relever Berten de Canne et Stephen Maertens, deux passionnés de Bikepacking. C’est donc non sans une certaine appréhension que je me lance sur cette distance que je n’ai encore jamais parcourue avec comme seule expérience deux participations sur des épreuves Gravelman Series qui furent plus courtes et plus roulantes.

Finalement, mon calendrier printanier fort chargé avec un enchainement d’épreuves très rapprochées ne m’ont pas laissé de temps à un quelconque stress pré-épreuve. C’est donc seulement deux jours après mon retour de Croatie sur la 4 Islands MTB que je file en direction d’Eupen, une petite ville belge à quelques kilomètres de Liège et Aachen, toute proche de la frontière allemande. Avant même le départ de cet ACT3, je n’arrive pas dans les meilleures dispositions, je subis encore les conséquences d’une lourde chute lors de l’ultime étape de la 4 Islands MTB avec de bonnes douleurs à la hanche et à l’épaule. De plus, je ressens beaucoup de fatigue de la semaine de course croate pleine de péripéties associée au trajet pour rentrer et à une journée de travail entre temps pas des plus reposantes.

Je n’ai pas touché du tout au vélo qui est resté dans la voiture depuis mon retour de Croatie, je dispose de tout mon équipement préparé au préalable en m’inspirant de mes précédentes expériences Gravelman auxquelles j’ajoute du matériel de couchage et un peu plus de nourriture. Après 5 petites heures de voiture, me voici sur place en privilégiant un gîte pour la nuit précédent l’épreuve afin de récupérer au mieux. Je prépare soigneusement mon vélo et au moment de vouloir installer la sacoche de selle avec tout mon matériel bien rangé dedans, la catastrophe ! Une énorme erreur d’étourderie, je suis parti avec le sac à dos comprenant une partie des affaires mais la à même la sacoche de selle est restée devant chez moi dans la rue ! Bon, ça assomme d’un coup lorsque l’on s’en aperçoit. Après un quart d’heure, je reprends mes esprits et fait un peu le point de ce que j’ai sur moi, j’ai l’essentiel à savoir l’ensemble vélo/casque/chaussures/tenue, mon GPS avec la trace enregistrée, le reste de nutrition de la Croatie que j’ai laissé dans le sac à dos et la sacoche de Top Tube munie de deux batteries externes et de la connectique de recharge pour lampes et GPS. Néanmoins, sans éclairage ni couchage, je ne vais pas aller très loin. Je songe un instant à réserver deux hébergements pour dormir sans nécessité de couchage et ne rouler que de jour mais tout devient fouillis dans la tête. J’envoie un message au groupe « Whats’app » de l’événement afin de prévenir l’organisation de mon infortune et là j’avoue que je suis resté bouche bée par la vive réaction de quelques participants qui m’ont aussitôt suggéré de me venir en aide, je fais le check-up de ce qu’il me manque même si je ne crois guère pouvoir trouver tout. Finalement, de toutes les propositions je retiens celle d’un certain Mario, un participant des Fagnes qui m’affirme avoir tout ce dont j’ai besoin en double ! Bon, je reste un peu perplexe mais je verrais bien le lendemain. Il est 21h30, toute cette péripétie m’a donné faim, je file en ville dans une brasserie allemande car ici c’est une ancienne enclave germanique et ça se ressent. Un plat super garni pour pas très cher et une discussion en essayant de comprendre un valaisan qui parle allemand sous les éclats de rire de la serveuse, me voilà bien ! Allez, je file dormir et on verra bien ce que me réserve le lendemain.

Réveil à 7 heures, aujourd’hui c’est le grand jour ! Petit déjeuner offert par le gîte, je ne mangerais pas beaucoup et vais sacrifier ce petit déjeuner en préparant des sandwichs jambon et fromage en prévision de la course. Je me mets en tenue et direction le site de départ situé à 3 kilomètres du gîte. Me voici devant un complexe sportif, des courts de tennis et surtout une brasserie, c’est ici que l’on rencontre Berten et Stephen qui nous remette le fameux Tracker GPS, quelques goodies et une bière locale. Je sors mon vélo et me dirige pour récupérer ce fameux tracker sans savoir un instant si je prendrais le départ. Au moment de récupérer le tracker et le dossard, voici mon cher Mario qui a répondu à mon message de la veille et qui me propose d’aller voir tout ce dont j’ai besoin, c’est juste incroyable, il a vraiment tout ! Un bivy ultra léger, un sac de couchage, une lampe simple mais très efficace que je pourrais recharger, une paire de jambières, une sacoche de selle Restrap au top et un matelas gonflable ultra léger, je me dis que ça fait un peu trop pour ce dernier mais il me confirme que ça peut être non négligeable pour 250 grammes de plus. Il me reste 45 minutes pour installer tout ça, le matos couchage au fond de la sacoche, une veste manche longue, un thermolactile, une paire de jambières et deux paires de chaussettes pour le rechange et la nuit, ma ration de sandwichs préparés le matin, tout rentre dans la sacoche de 10 litres. Ensuite dans la sacoche Top Tube, les deux batteries externes avec les câbles de charge GPS et lampe et le fameux Tracker GPS qui ne doit pas me quitter. Enfin, mon gilet de trail sera du coup plus lourd que prévu avec tout le matos de réparation (deux chambres à air, multi-outil, cire pour chaîne, plaquettes de frein, cales de pédales, patte de dérailleur), un pot de crème à cuissard, un coupe vent imperméable, deux flasques de 500ml et surtout une bonne vingtaine de pâtes de fruits, d’amande et barres d’avoine, ainsi qu’un tube de pastilles purification d’eau et électrolytes pour le goût ainsi qu’un sachet avec carte d’identité et 80€. Pour finir, je bourre mes poches avec plein de barres et mon téléphone sans oublier le bidon de 800ml sur le vélo. Je roule un kilomètre et m’aperçois sans surprise qu’il faudra que je roule suspension bloquée en mode tout rigide sans quoi la sacoche vient frotter sur le pneu arrière, ce n’est qu’un détail.

Incroyable mais vrai, j’ai tout ce qu’il me faut pour prendre le départ à 20 minutes du coup d’envoi, juste le temps de remplir les bidons, écouter le briefing et prendre la traditionnelle photo. Berten me fait un petit sourire plein de malice qui signifie que j’ai déjà pas mal de chance et me souhaite bonne chance, je ne remercierais jamais assez Mario Martins pour ce sauvetage sorti de nulle part, c’est juste hallucinant !

Allez, encore quelques photos sur la ligne de départ et à 10 heures pétantes c’est parti ! Nous sommes une bonne soixantaine au départ et on s’élance sur une piste forestière qui va rapidement monter, je suis assez impressionné par la vitesse des gars, ça part fort sur cette montée, je me cale sur une petite allure en tournant les jambes sans me mettre en danseuse. L’objectif de cette première journée, accumuler des kilomètres en m’arrêtant le moins possible. Cette première montée, ça grimpe de façon régulière pendant 3 kilomètres et déjà 150 mètres de dénivelé avalé. Je dois me retrouver autour de la 15e place en haut en compagnie de Juliette, une française habituée aux ultra distance sur route, on discute deux minutes puis je continue seul pour plonger dans le vallon de la Helle et après 7 kilomètres de course, petite erreur de navigation, je redescends pour prendre la bonne piste en ayant perdu quelques places au passage, je reprends deux coureurs dans la montée suivante tout en restant dans une allure sage et en checkant que la sacoche soit bien fixée. Il faut également s’habituer à piloter ce Niner équipé d’un bagage arrière. Une partie roulante et nous voici au lac du Wesertalsperre, il fait un temps magnifique et c’est très joli ce coin, je traverse le barrage et poursuis sur une nouvelle petite bosse pour rentrer à nouveau en forêt. Premiers singles, assez boueux par endroits pour faire un demi tour du lac et je reprends les trois coureurs qui m’avaient doublé lors de mon erreur de parcours, cette fois c’est eux qui ont fait l’erreur.

Après 20 kilomètres de course, un petit attroupement avec les deux premières dames pour passer un gros talus et aller chercher un single en surplomb. Je tente la roublardise en restant le long du ruisseau et en me disant que ça rejoindra le fameux sentier plus loin, pas de chance ça ne mène nulle part, du coup je grimpe le ravin au milieu des branches avec une débauche d’énergie inutile pour aller chercher la bonne trace et hop j’ai perdu en un instant toutes les places reprises. Bon, on arrête les conneries maintenant et je me recale sur mon rythme car tout le monde se fait la guerre devant. Quelques bouts droits sur piste et je retrouve une piste cyclable sur quelques kilomètres, c’est ici après 27 kilomètres que l’on entre en Allemagne, ça plonge dans un vallon sauvage avec un groupe de furieux revenu de l’arrière qui joue des coudes pour passer, ça me fait sourire. Je passe à proximité du village de Rott et de son mythique Ironman annuel, une longue bosse raide et technique va faire exploser le groupe et je me retrouve avec deux coureurs mais ça ne parle pas du tout, chacun étant concentré sur son effort. Et là je commence à comprendre ce qui va nous attendre sur cette longue traversée des massifs de l’Eifel : de longues montées de 2 à 4 kilomètres et de bons bouts droits dans une immense forêt ! On accumule des bouts droits à 3 coureurs et voici au 42e kilomètre, la première descente technique du parcours que je suis le seul du trio à passer sur le vélo mais quelques mètres plus loin, le sac de la sacoche de selle qui se détache et file dans le ravin ! Je l’attache donc un peu plus correctement et je n’aurais plus de soucis par la suite. Je termine la descente plein gaz sur une piste et croise une première fois l’équipe d’organisation au 45e kilomètre. J’ai 2h30 de course soit 30 minutes de moins que mes prévisions sauf qu’à partir de maintenant on s’attaque à un chantier de dénivelé et 100 bornes sans un seul mètre de plat ! Je suis en 15e position avec déjà 20 minutes de retard sur Wim Verheyen (un solide coureur que j’ai déjà rencontré, un habitué des épreuves longues et difficiles telles que l’Ironbike par exemple), j’avoue qu’il me surprend énormément par sa vitesse de course. Pour ma part, de toute façon je me sens fatigué donc j’avance à mon allure ! On va ensuite enchainer de longues montées sur pistes plus ou moins raides, ça devient plus accidenté et sauvage maintenant. Je reprends quelques coureurs qui commencent à faire une pause, j’escalade une montée sur un single raide à pied mais je sens que je m’installe doucement dans l’allure. Je parviens au village de Vossenack après 56 kilomètres de course, c’est le premier CP de la course ! J’ai 3h24 de course, 13e place provisoire avec 27 minutes de retard sur Wim toujours en tête.

C’est donc maintenant dans l’après midi qu’il faut que je tâche d’accélérer tout en restant régulier sur mon allure. Certes, les moyens de se ravitailler se font rare sur le parcours, il y’a bien une épicerie dans le village mais je préfère filer, trop tôt dans la course alors que je vois un coureur faire demi-tour justement pour aller se ravitailler. Je poursuis sur un parcours qui reste sur le même profil, de vraies montagnes russes entrecoupées parfois de descentes bien techniques. Je reprends un coureur avec lequel j’étais avant de perdre ma sacoche dans le ravin, bon toujours pas un mot et je finis par le décrocher pour aller chercher un autre coureur que je décrocherais également, la remontée continue !

A partir du 70e kilomètre, après le village de Harscheidt, j’aperçois à nouveau un coureur et les deux autres ne lâchent pas l’affaire derrière, au moins ça me met dans le rythme. Quelques kilomètres plus loin, une jolie descente vers le village de Hasenfeld et bim on remonte une de ces bosses, une montée sur une ruelle, 20% de pente et hop zigzags sur la route… Puis on redescend vers le cours de la Rur. J’ai 78 kilomètres au compteur et juste avant de remonter, je demande à un fermier s’il a de l’eau. En quelques secondes me voici avec un nouveau litre d’eau + pastille puis c’est reparti. La montée suivante et ses 150 mètres de dénivelé à gravir me permettent de me détacher en compagnie de Matthias, un sympathique coureur avec qui je peux enfin discuter un peu, il court pas mal de courses VTT marathon et connais la 4 Islands, voilà qui va nous occuper un petit peu et même revenir sur un coureur qui commence déjà à fatiguer. On va ainsi faire 15 bornes ensemble avant qu’il ne s’arrête au bord d’un ruisseau pour prendre de l’eau et faire une bonne pause. Tant pis, je continue sans lui…

Une puis deux montées et je plonge vers le joli lac de l’Urftsee qui marque le 100e kilomètre. Enfin deux kilomètres de répit et c’est reparti pour une longue montée de 3 bornes et encore 200 mètres de dénivelé pour ensuite redescendre aussitôt. Au sommet, je reprends un coureur francophone qui a couru la Bootleggers récemment mais qui trouve cet ACT3 extrêmement difficile. On plonge ensemble sur un joli single vers Gemund et la vallée de l’Urft. Il me dit qu’il va faire une pause ici alors je continue et croise un charmant groupe de personnes âgées qui discute devant chez eux : « Guten Tag, haben Sie Wasser bitte ? » Tant que je sais dire ça en territoire allemand, c’est bon je suis sauvé, bref je quémande de l’eau. Elle comprend de suite et accepte puis en revenant elle me sort un dialogue, enfin plutôt un monologue car je ne comprends pas un mot, j’essaie juste de dire « Sprechen Langsam » pour essayer de comprendre mais du coup on éclate tous de rire. Allez je repars avec un litre d’eau fraîche et 108 kilomètres au compteur. J’essaie d’aligner les bornes mais le dénivelé conséquent me ralentis par rapport à mes prévisions. Le décor change, on quitte les vastes forêts de l’Eifel pour des prairies et de grandes collines, une seule chose ne change pas ce sont les montagnes russes. Je commence à avoir la dalle et j’en ai un peu marre de la combinaison pâtes de fruits/pâtes d’amande/barres d’avoine. La fatigue s’installe à mesure que je cumule le dénivelé. Je passe au 127e kilomètre au bord d’un quatrième magnifique lac, l’Oleftalsperre et ce que je ne sais pas c’est que la localité de Hellenthal situé à un kilomètre de la trace possède tout pour se ravitailler. Du coup, je passe le barrage et poursuis en grimpant une longue bosse par paliers pendant quelques bornes pour atteindre le point culminant du parcours à 670 mètres d’altitude, me voici au CP2 après 137 kilomètres de course où je retrouve Berten et Stephen qui me signale que je suis en… 3e position à 40 minutes des deux premiers ! Ah quand même, ba ça c’est de la remontée, j’ai du coup profité des arrêts de tout le monde car je ne me suis arrêté que deux minutes pour recharger de l’eau, par contre je suis complètement sec. Je vais donc m’arrêter manger un peu, remettre une veste chaude et me refaire la cerise.

Je m’arrête un petit quart d’heure, garde un sandwich de survie pour la nuit, refait le plein de pâtes de fruit dans les poches de maillot et je repars vers 19h30. Vu le dénivelé que l’on a cumulé, j’avance nettement moins vite que prévu mais bon il faut s’y remettre. Heureusement pour mon plus grand plaisir, le parcours devient un petit peu moins accidenté avec des montées moins longues et quelques belles portions roulantes et descendantes. Je fais assez rapidement une quinzaine de kilomètres et me voici à Berk, je suis totalement à cours d’eau, à 20h30 je peux encore frapper aux portes et quémander de l’eau pour la nuit. Je vois sur le tracking un coureur derrière moi à 2 kilomètres, je me décide à rouler plus doucement pour le laisser revenir, chose faite au 153e kilomètre, me voici avec le hollandais Jefte De Bruin et sans le savoir c’est le début d’un sacré bout de chemin ensemble. On file jusqu’au village de Kronenburg quelques kilomètres plus loin ensemble, la nuit commence à tomber, on partage quelques mots… Je suis tenté de m’arrêter manger quelque chose ici mais je préfère rester un petit peu avec ce compagnon de fortune. Je m’arrête pour recharger le GPS tant que j’y vois quelque chose mais je pinaille à ranger mon bordel de batteries et tracker dans ma sacoche Top Tube, je repars deux minutes plus tard et je mettrais 5 bons kilomètres bien rythmés pour reprendre Jefte, au moins ça m’a remis dans l’allure et maintenant il fait complètement nuit. A partir de là, on va rouler un peu de concert, chacun son bout et s’entraider pour la navigation pas toujours évidente de nuit. Jefte envoie vraiment du rythme dans les montées où il faut souvent que je serre les dents tandis que je relance sur le plat et en descente, du coup on roule à très bon rythme tout en partageant quelques mots de temps en temps. Il me demande si je roule toute la nuit mais la fatigue et le sommeil me gagne, j’aimerais rejoindre le Luxembourg avant de dormir mais le dénivelé de l’Eifel était trop conséquent et je préfère me reposer un peu de nuit pour profiter du décor de jour. Il me suggère de dormir dans un petit village au 206e kilomètre, ça me paraît correct ! Les montées s’accumulent et il est effectivement temps de se reposer, je suis de moins en moins lucide sur la navigation. Finalement, on dormira dans un petit abri en dur au bord d’une route en milieu de forêt au 206e kilomètre après 13h15 de course. J’installe mon petit ensemble matelas/bivy/sac, mets les jambières pour ne pas pourrir l’intérieur du sac, des chaussettes propres, une couverture de survie à proximité au cas où j’ai froid et un quart d’heure plus tard, dodo pendant 4 heures, bref une grasse mat pour de l’ultra cyclisme !

Réveil difficile à 5h20, je claque des dents et j’ai du mal à bouger pris par le froid, je trottine quelques secondes et replis les affaires pour me réchauffer, je mange mon dernier sandwich, une bonne épaisseur de crème à cuissard et on repart à 5h40, il fait quasiment jour et le GPS est chargé à fond. On doit se retrouver aux alentours de la 5e position avec notre gros sommeil. On en reprend vite un qui dort sur un banc et on continue notre route. Jefte me confie qu’il y’a une supérette un peu excentrée du parcours au kilomètre 220, quelle chance de tomber sur quelqu’un qui a bien préparé son affaire, pas comme moi par exemple ! On enchaine des montées courtes et j’ai vraiment du mal à me réveiller, j’ai du mal à pédaler, j’ai froid et les doigts gelés, bref pas un moment agréable et on arrive enfin au 220e kilomètre où l’on quitte la trace pour aller chercher la supérette au village de Daleiden. On doit grimper une bosse d’un kilomètre sur asphalte plus un autre kilomètre mais le ravitaillement est au bout et en effet, une supérette ouverte à 7h30, super ! Autant le dire, je vais dévaliser la boutique : sandwich mortadelle, mini kouglof à la crème, croissant au fromage, un paquet de Speculoos et un paquet de biscuits chocolatés, un paquet de gaufres de Liège au sucre, un coca et 2 litres d’eau. Bon, je remets tout en ordre tout en ingurgitant le croissant au fromage et en avalant le coca, difficile de bien ranger les deux paquets de gâteaux dans le gilet de trail, je répartis les gaufres un peu partout dans les poches, je refais le plein des gourdes et on repart tout en avalant le kouglof en roulant, une bonne demi-heure de temps arrêt et détour compris mais que ça fait un bien fou,  il est 8 heures la journée peut commencer, direction le Luxembourg dans 20 bornes ! Bon évidemment la règle est simple, il faut retrouver la trace à l’endroit où on l’a quitté et on reprend notre route en reprenant un coureur qui n’a pas dormi de la nuit et n’est pas très lucide, on lui suggère la supérette et quelques hectomètres plus loin, il quitte la trace pour rejoindre ce point salvateur. Nous, on continue la route avec gros moral, belles montées roulantes que l’on arpente assez facilement et on plonge vers la vallée de l’Our qui marque la limite entre l’Allemagne et le Luxembourg.

Nous sommes au 239e kilomètre, nous entrons dans le Luxembourg en 3e et 4e position, comme la veille avant de dormir. Wim Verheyen mène toujours la course, il ne s’est pas arrêté de la nuit et possède 5h45 d’avance sur Jan Wollaert et 7 heures d’avance sur nous. Derrière, on a le 5e à 20 minutes et le 6e à 40 minutes. On quitte la vallée par une montée difficile et éprouvante qui demande un gros effort et pas mal de poussage, heureusement que l’on a repris des forces ce matin ! Au sommet, nous voici sur un plateau, c’est assez roulant. On traverse ensuite l’axe routier qui relie Luxembourg à Clervaux. Et c’est quelques kilomètres plus loin que l’on trouve le début des singles luxembourgeois et franchement, c’est beau et super ludique. Ça n’avance pas bien vite mais c’est super chouette à rouler. Pile à mi-parcours, on passe Jan Wollaert qui fait une pause. Pour nous, pas question de s’arrêter avant Esch sur Sure où se trouve le CP4. On tape une descente super technique pour plonger dans la vallée de la Sure au 255e kilomètre mais ensuite il serait trop simple de se contenter de suivre le cours d’eau par la route. On va avoir droit à un florilège de montées et de longs singles casse-pattes avec notamment un sacré portage au 273e kilomètre et finalement c’est vraiment éprouvé que nous arrivons à Esch sur Sure sur les coups de 11h30. On est revenu à 4h30 de Wim qui cavale toujours en tête alors que derrière nous, tout le monde fait une pause. On décide donc de s’arrêter une heure au soleil à la terrasse d’un café/restaurant pour couper la difficile section luxembourgeoise en deux.

Repos, croque monsieur au fromage et deux bonnes pâtisseries accompagnés de coca bien frais et j’en profite pour m’hydrater un maximum d’autant que j’ai la surprise de recevoir la visite d’un ami local croisé à l’occasion d’un apéro lors d’une épreuve. Bref, ça fait un bien fou de voir du monde, on est trop bien sur cette terrasse, vraisemblablement un des moments fort de cette aventure. Il fait super beau et on se prépare à repartir, une nouvelle épaisseur de crème à cuissard pour épargner les zones sensibles, maillot manches courtes de rigueur, j’ai pu faire sécher les affaires humides pour la prochaine nuit, une heure bien rentable donc… mais j’ai oublié de remplir mon bidon, une erreur qui peut être lourde de conséquence. On démarre par une côte raide sur asphalte puis on retrouve nos singles exigeants pour longer en balcon le lac de la Haute Sure, un magnifique décor ! Heureusement pour moi, après 8 kilomètres, on passe devant une base nautique où je trouve un couple qui accepte de m’ouvrir les vestiaires pour me servir en eau, j’ai tiré la carte chance ! 5 minutes plus tard on repart, l’objectif est clair, rejoindre La Roche en Ardenne avant la tombée de la nuit afin de pouvoir manger sur place, un bel objectif faisable si je tiens compte que l’on m’a soufflé que le parcours devenait un peu plus roulant une fois le Luxembourg passé. En attendant, on s’amuse dans ces singles à foison, un régal ! On mettra 1h30 à faire les 17 kilomètres nous séparant de la frontière belge.

On passe le village de Surré, j’y suis déjà passé lorsque j’ai fait mon défi « tour du Luxembourg » sur route donc ça veut dire que la frontière est toute proche. On est entré en Luxembourg par une très sévère montée, et bien on en sortira par une toute aussi sévère et nous voici au sommet à la frontière belge au 300e kilomètre, on aura mis 6 heures pour effectuer les 60 kilomètres de la traversée du Luxembourg, pause comprise ! Il nous reste 80 kilomètres et 5 petites heures pour rejoindre La Roche en Ardennes. Va falloir accélérer un peu et heureusement, le parcours va effectivement devenir nettement plus roulant pendant une cinquantaine de kilomètres, le seul bémol est que l’on se tape le vent de face ! Mon cher Jefte subit le coup de moins bien et j’assure pour le coup l’essentiel du rythme en prenant garde de l’épargner car rester ensemble nous assurera une bonne allure. D’ailleurs, il suffit que je ralentisse un peu pour qu’il relance le rythme. Pas de grosses difficultés mais de longs faux plats et des traversées de village sans aucun commerce, le but est de toute façon d’éviter de s’arrêter. Pas grand chose à dire sur ce début de remontée vers le nord, on traverse des champs, on passe des sous-bois, il faut parfois faut soulever les vélos pour passer des mikados d’arbres en travers. Au 340e kilomètre, je profite de l’aubaine d’une famille qui discute devant chez eux pour demander de l’eau, on va pouvoir repartir avec de l’eau bien fraîche pour effectuer les 40 bornes nous séparant de La Roche en Ardennes, il est 17h30 et on a bien roulé, on s’accorde 10 minutes de pause, j’en profite pour étaler une nouvelle dose de crème à cuissard, c’est clairement extrêmement important sur ce genre de course.

On repart avec comme objectif 40 kilomètres en 2h30. Le parcours reste assez roulant mais plus pittoresque en rejoignant le cours de l’Ourthe Occidentale (car l’Ourthe se sépare en deux après Houffalize) et nous voici au CP5 de Tenneville après 353 kilomètres de course à 18h10 avec 5h20 de retard sur Wim, un sacré métronome qui rappelons le n’a toujours pas dormi et pour autant on ne lui reprend quasiment pas de temps alors qu’il est tout seul, ça inspire le respect ! Derrière nous, Jan Wollaert est à 4h40. Allez, encore 25 kilomètres pour rejoindre La Roche en Ardennes, on arrive sur des chemins que je connais un peu, empruntés lors de l’étape d’ouverture du BEMC, une des plus grandes épreuves VTT de Belgique. On affronte encore et toujours le vent, on gravit de petites bosses raides et on se rapproche de la vallée de l’Ourthe sauf qu’au lieu de filer directement vers La Roche, notre cher Stephen a l’excellente idée de nous faire gravir une bien longue montée roulante vers Halleux. Et à 5 kilomètres de La Roche, là où l’on pense redescendre gentiment, surprise on va rejoindre La Roche par un joli sentier de randonneurs, 100% single, 100% racines, 50% portage et 25 minutes pour faire deux kilomètres mais ensuite heureusement une superbe descente pour enfin plonger vers La Roche en Ardennes. Autant le dire, ces 10 derniers kilomètres nous ont complètement détruit, on est sec ! On trouve directement une pizzeria, on se pose, par contre comme à Esch sur Sure, une heure de pause top chrono !

On retrouve sur place nos chers Berten et Stephen et on s’accorde le temps de déguster une bonne grosse pizza avec bière, coca et eau pétillante… Ça fait un bien fou de se poser au chaud en mangeant quelque chose de consistant. Wim Verheyen possède 4 heures d’avance sur nous alors que Jan Wollaert est à 2 heures derrière. Un bon coup de nettoyage sur le visage, il est 21 heures et grand temps de repartir. A nouveau de la crème à cuissard pour atténuer les irritations et c’est parti à l’assaut de la longue montée Maxime Montfort et ses rampes à 20% pour sortir de La Roche en Ardennes. On s’est décidé à déjà faire 15 bornes et gravir deux belles difficultés avant de songer à dormir un peu car l’homme de tête sera de toute façon non rattrapable à la régulière et on a un petit peu d’avance sur le concurrent derrière nous. On passe donc cette longue ascension de 4 kilomètres pour monter 300 mètres de dénivelé et atteindre le col de la Haussire à 510 mètres d’altitude, un beau sommet du secteur que l’on emprunte aussi régulièrement sur le BEMC. Ensuite, on plonge pleine vitesse sur des pistes rapides vers le hameau de La Forge à la Plez où l’on avait décidé de dormir mais on préfère finalement continuer un peu et gravir la très difficile ascension suivante, à nouveau 200 mètres de dénivelé qui me paraissent interminables. Le parcours n’est pas simple jusqu’au village de Grandmesnil où l’on va décider de dormir dans un abri bus au cœur du village. Nous sommes au 403e kilomètres, il nous restera ainsi 85 kilomètres pour atteindre l’arrivée. Il est 23h45, on pose notre bivouac et à minuit, dodo pour 3 heures de sommeil. Malheureusement des maux de tête vont me perturber pendant plus d’une demi-heure mais ensuite dodo profond. A 3h, le réveil sonne et curieusement il ne fait pas froid, on replie rapidement, je recharge mon bidon avec une fontaine au débit très faible, goutte après goutte je parviens à remplir 800ml. A 3h30, on repart en direction du secteur de Stoumont. Et bien ce sera un véritable chantier ! Des chemins peu roulables, beaucoup de pierres, de boue par endroits et d’innombrables bosses bien raides. On repasse de l’autre côté de l’axe autoroutier Liège/Luxembourg par un tunnel au 414e kilomètres, il nous reste 75 bornes et il est 5h du mat. Wim est déjà arrivé en vainqueur de cette édition de l’ACT3 depuis une demi-heure, impressionnant ! Et Jan Wollaert a toujours deux heures de retard sur nous, il a du également dormir ! Il faut donc assurer cette fin de course et la section qui nous attend va être très physique. On plonge vers la vallée de la Lienne avant d’enchaîner une bonne série de montées éprouvantes, quelques bons poussages, je commence à bien peiner à mesure que l’on approche de Stoumont avant enfin de plonger vers la vallée de l’Amblève par un chemin cassant et une petite route qui serpente. On passe l’Amblève et une voie ferrée sous un magnifique viaduc avant de remonter vers la fameuse abbaye de Stoumont. Les montées sont vraiment raides et longues, je suis totalement éprouvé, on cumule beaucoup de dénivelé en peu de kilomètres. On passe l’abbaye au 435e kilomètre, il nous en reste 53 et encore une nouvelle très longue ascension pour atteindre les Fagnes de la Gleize, le décor change radicalement. On retrouve un paysage dénudé au milieu d’énormes tourbières. On roule maintenant sur de belles pistes rectilignes qui permettent de reprendre de la vitesse et d’avaler quelques kilomètres d’autant que le profil est plutôt descendant jusque la localité de Marteau en banlieue de Spa.

Il est 8h, on hésite à faire le détour jusque Spa pour recharger en eau et nourriture mais on est également pressé d’en finir. On est à sec d’eau, on décide de se lancer directement sur les 36 derniers kilomètres sans s’arrêter.
On attaque la montée de la Clémentine sur une piste agréable longue de 2 kilomètres, plutôt facile qui serpente en lacets. Ensuite une belle piste et on plonge dans le  petit vallon du Grand Chawion où l’on emprunte un joli single technique d’un kilomètre qui me vaut une petite chute. Ça redevient plus roulant sur quelques kilomètres avant de plonger vers le village de Polleur.

Encore 25 bornes pour rejoindre l’arrivée et retrouver Eupen. On nous fait suivre maintenant le parcours du GR de St Jacques de Compostelle, non sans nous dénicher quelques petits sentiers par moments. On se rapproche doucement du lac de la Gileppe et après quelques bosses assez courtes, nous voici sur les rives de ce magnifique lac, une retenue d’eau avec un impressionnant barrage. On entre dans les 10 derniers kilomètres en longeant les rives du lac pendant 4 bornes sur une petite route agréable. On entre à nouveau dans la forêt pour les deux dernières montées du parcours et les cinq derniers kilomètres nous menant vers l’arrivée, c’est assez excitant ces derniers kilomètres ! A 500 mètres de l’arrivée, dernière descente et on retrouve Berten et Stephen, l’arrivée est bien là ! C’est fait, je suis venu à bout des 595 kilomètres et 11000 mètres de dénivelé du parcours en compagnie du cher compagnon hollandais Jefte De Bruin. On aura bouclé le parcours en 48 heures et 45 minutes ex-aeco main dans la main à la 2e place de cet ACT3 derrière un Wim Verheyen qui aura tenu 42 heures et 14 minutes sans dormir pour remporter la victoire sur cette magnifique aventure !

D’un point de vue personnel, c’est une fierté d’avoir pu venir à bout d’un tel parcours. Certes je suis arrivé avec une préparation limitée mais j’ai énormément appris aux côtés de Jefte qui fut un peu mon ange gardien sur cette aventure. Il m’a apporté son expérience de l’épreuve et sa connaissance de l’itinéraire et de mon côté je lui ai apporté du rythme et de la motivation dans les moments plus difficiles. Une quarantaine de coureurs sont venus à bout du parcours dont 25 dans le délai imparti de 72 heures.

Pas de grande cérémonie à l’arrivée mais juste un très bon moment de partage avec deux grands passionnés, Berten et Stephen fiers de partager leurs traces. C’est un vrai moment de plaisir que de de dialoguer avec de vraies personnes qui n’organisent pas pour un quelconque business mais uniquement pour proposer un véritable défi et une aventure inoubliable réservé à une poignée d’aventuriers en mal de défi personnel. En tout cas, il ne faut vraiment pas prendre cette épreuve à la légère, c’est physiquement et techniquement éprouvant, une petite expérience minimale est exigée, non pas par l’organisation mais simplement par la difficulté du parcours tout au long de ces 500 kilomètres et croyez moi, ceux qui n’ont jamais arpenté ces territoires seront très étonnés par le dénivelé et le relief de cette contrée des 3 Pays ! Maintenant, à vous de venir vivre cette aventure que vous n’oublierez jamais !

Infos : www.act5.be

Prochaines dates :
– l’ACT5 (à travers les 5 Pays) le 31 juillet
– l’ACT C (à travers la Champagne) le 24 septembre

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