Test du Specialized Roubaix Comp

Nouvelle norme

Avec le nouveau Roubaix, Specialized redéfinit la norme du vélo de cyclotourisme sportif. Rigide, rassurant, mais surtout extrêmement confortable, ce vélo devrait rapidement devenir une nouvelle référence.

Photos : Sylvain Pigeau

Tant pis pour les puristes, mais le nouveau Roubaix est seulement disponible avec des freins à disque. Un parti-pris largement justifié compte tenu du public visé et de l’adoption de roues à axes traversants. La gamme débute avec le Roubaix Elite à 2499 € pour s’étendre jusqu’au Roubaix S-Works à 9799 €. Les deux modèles les plus haut de gamme (l’un en Sram Red eTap, l’autre en Ultegra Di2) utilisent un cadre en fibres de carbone Fact 11R, alors que les autres modèles sont conçus à partir d’un cadre en fibres Fact 10R. Le Roubaix SL4 reste encore au catalogue, avec trois modèles avec des freins à patins, mais qui ne reprennent pas la nouvelle architecture du dernier né. Et quelle conception ! Si depuis plusieurs années le Roubaix est le vélo « confort » chez Specialized (aux côtés du Venge typé « aéro » et du Tarmac typé « grimpeur » ou passe-partout), jamais les ingénieurs de la marque américaine n’étaient allés si loin. Il y a bien sûr cette géométrie, qui associe une position plus courte et plus haute à une stabilité sans faille.

Mais surtout deux astuces destinées à amortir sérieusement les vibrations. Tout d’abord au niveau de la tige de selle. Si la tête dispose d’une forme un peu bizarre, ce n’est pas forcément ici que ça se passe. Le serrage de la tige dans le cadre s’effectue quelques centimètres plus bas que la jonction tube supérieur/tube de selle, alors que la forme oblongue du sommet du tube de selle permet à la tige de fléchir naturellement au dessus de son serrage, en fonction des secousses.

La véritable révolution se passe pourtant à l’avant, avec une suspension Future Shock qui se compose d’un piston à ressort de 20 mm de débattement en lieu et place du traditionnel pivot de fourche qui se prolonge jusqu’au serrage avec la potence, voir SPECIALIZED 2017 : Premier test du nouveau Ruby pour plus de détails. D’après les études internes à la marque, ce système serait plus efficace en termes de confort et de rendement qu’un travail sur l’évasement de la fourche. Notons que si selon le tableau des géométries le Roubaix dispose d’une hauteur de douille « normale », l’empilement de la bague et du système de suspension rehausse en fait la potence de trois bons centimètres.

Pour finir, il y a les habituels accessoires Specialized qui participent au confort : selle, cintre et ruban de cintre profitent d’une ergonomie parfaite.

Le Roubaix Comp qui nous intéresse aujourd’hui est le deuxième de la gamme et est proposé à 3299 €. Il mixte des dérailleurs Ultegra avec des freins RS805 à montage Flat Mount (niveau 105), un pédalier Praxis Zayante et des roues DT Swiss R470. Le poids de 8,8 kg avec pédales et porte-bidons est dans la norme de ce que l’on trouve dans l’offre de vélos à freins à disque pour ce prix, mais il reste relativement élevé par rapport à un vélo de course plus classique.

Au niveau des détails, on trouve un disque de 160 mm à l’avant, et un disque de 140 mm à l’arrière. C’est cohérent avec la taille du vélo, afin que le freinage soit relativement progressif. Pour les développements, on trouve un pédalier compact en 50/34, et une cassette 11 vitesses de 11 à 32 dents. Parfait pour disposer d’une large plage de développements, un petit peu moins pour des routes « seulement » vallonnées à cause des écarts entre chaque braquet à partir du milieu de la cassette. Les roues DT sont secondées de pneus Specialized Turbo Pro en 700×26, relativement adhérents et avec un bon renfort anti-crevaison. L’ensemble n’est cependant pas très dynamique, loin de là. Quant aux composants de position, ils sont comme toujours chez Specialized particulièrement bien étudiés. La selle est un peu large, mais convient sans doute à la grande majorité des pratiquants.

La forme tarabiscotée du cintre cache une volonté de remonter encore le poste de pilotage. La prise en main dans toutes les positions est en tout cas très confortable, surtout avec une profondeur (reach) limitée à 75 mm. Mais la position, ce sont aussi les poignées de freins hydrauliques Shimano ST-RS505, sur lesquels on passe beaucoup de temps. Assez disgracieuses, il faut le reconnaitre, elles se montre pourtant assez confortables, et maniables sans crispation. Le maniement des freins parait assez spongieux à l’arrêt, mais tout ceci s’oublie très vite dans le feu de l’action.

Un dernier focus sur les axes traversants de 12×100 mm à l’avant 12×142 mm à l’arrière, car ils apportent énormément à la gestion d’un vélo équipé de freins à disque. Un axe traversant positionne la roue exactement à sa place, après chaque démontage/montage, ce qui évite les problèmes de réglages ou de frottement du disque contre les plaquettes. De plus, ce système est beaucoup plus rigide qu’un blocage rapide, évitant ainsi les flottements de la roue et du disque au milieu de l’étrier, là où l’espace est beaucoup plus restreint qu’avec un étrier à patins. Ce système nécessite un pas de vis dans le cadre au niveau des pattes arrière et au niveau des pattes de fourche. Il a l’avantage de rendre la tâche beaucoup plus difficile aux fabricants de cadres de contrefaçons ou aux mauvais fabricants tout simplement. Le seul problème reste le temps nécessaire à visser/dévisser l’axe. Mais ce n’est a priori pas un souci pour un usage cyclotouriste, ou même simplement à l’entraînement.

Du côté du cadre, la construction bénéficie du concept Rider-First Engineered, qui consiste à étudier la rigidité de chaque taille pour offrir un comportement équivalent quel que soit le cadre. Les tubes sont largement dimensionnés là où c’est nécessaire, avec notamment une boîte de pédalier vraiment imposante.

On note le positionnement de deux petites vis sous chaque porte-bidon, afin de pouvoir installer une petite boîte de transport Swat. Nous pouvons aussi admirer la finition, à travers les passages de gaines à l’intérieur des tubes supérieur et diagonal, ou encore dans le fourreau de fourche.

Sur la route

Si le concept global n’est pas tout à fait une nouveauté (voir ci : Premier Essai du nouveau Trek Domane), la suspension à l’avant est vraiment efficace dès les premiers tours de roues. Les dos d’ânes, trous, pavés ou autres irrégularités de la route sont vraiment absorbés, et on ne perd jamais le contrôle du vélo. Sur des routes vraiment accidentées, on gagne en confort, mais aussi en maîtrise de la trajectoire. Le Roubaix semble ici même un peu supérieur au Trek Domane, avec un débattement supérieur. Par contre, lors des efforts brusques, relances et autres montées en force, on sent clairement la partie avant pomper un peu plus. Sans que cela soit réellement rédhibitoire tout de même, à moins de sprinter. Dommage qu’un léger bruit de battement se fasse entendre dans la colonne de direction. Globalement, le Roubaix rend plutôt bien, même sur un beau bitume. On sent le vélo évoluer parfaitement en ligne, les deux roues idéalement posées. Et surtout, on profite d’une très bonne rigidité latérale, qui évite de voir l’énergie se dissiper. Les bases arrière sont un peu plus longues que la moyenne, tout comme l’empattement à l’avant, ce qui a le mérite de rendre le Roubaix Comp très stable, même en prenant de la vitesse. Stable, mais assez prompt aux changements de trajectoires et suffisamment vif au niveau de la direction (grâce à la combinaison de l’angle de direction et de la chasse au sol). Dans les bosses, il ne bronche pas lors des montées en force, bien assis sur la selle. Seule la transmission demande un peu d’attention, à cause de l’association dérailleurs Shimano/pédalier Praxis/chaîne KMC, qui n’est pas aussi fluide que du tout Shimano. En passant le petit plateau et sur un grand pignon à l’arrière, on évolue toujours bien en ligne, le vélo ne se désunit pas. Les longues séances de train sont donc très agréables, même en évoluant à bon rythme. En cas de grand vent, c’est un peu une autre histoire, car la position de conduite et certains éléments du vélo ne sont pas aérodynamiques. Il est de ce fait nettement moins rapide qu’un vrai vélo de course, à énergie égale en tout cas.

C’est évidemment dans le domaine de la nervosité et des relances qu’il pêche un peu, à cause de son poids, et de ses roues robustes, mais lourdes. Mais est-ce vraiment l’objectif ? Pour ce qui est du freinage, nous avons pu apprécier sa puissance, et également le fait que les axes traversants limitent très sérieusement les frottements habituellement gênants sur un vélo de route. Dans le cadre du test, il a fallu une descente raide avec une succession de freinages appuyés, pour entendre très légèrement les disques frotter à la relance. Quant à la modularité du freinage, elle reste limitée avec ce montage pneumatique, à notre sens un tout petit peu juste en section. Mais c’est avant tout une question de poids du pilote.

Le Roubaix s’affirme cependant comme une vraie réussite. Le vélo est agréable, confortable, roulant, sans se montrer mou ou sans âme. Il pourrait être encore plus polyvalent monté avec de gros pneus, pour affronter les chemins jusqu’ici réservés aux Gravel. C’est évidemment un vélo idéal pour le cyclotourisme au long cours, quand le but est d’aligner des kilomètres, tout en restant frais le plus longtemps possible et en assurant des moyennes tout à fait acceptables. Ceux qui ont des visées plus sportives devront sans doute se diriger vers un Roubaix un peu plus haut de gamme, pour bénéficier d’un équipement un peu plus léger, tout en partant de ce même excellent kit cadre.

La rédaction de Velochannel.com remercie le magasin K7-Bikes pour la préparation et le prêt du vélo.

SPECIALIZED ROUBAIX COMP

Les + : confort exceptionnel, rigidité latérale
Les – : poids

Cadre : Roubaix Fact 10R, géométrie endurance, 2 coloris
Fourche : Roubaix Disc Fact 11R
Dérailleurs : Shimano Ultegra
Poignées : 
Shimano RS505 hydrauliques
Cassette : Shimano 105 – 11/32 dents
Chaîne : KMC X11
Pédalier : Praxis Zayante – 50/34 dents
Freins : Shimano RS805 Flat Mount, disques 160/140 mm
Roues : DT R470 Disc, axes traversants
Pneus : Specialized Turbo Pro 700×26
Potence : Specialized 3D Forged
Cintre : Specialized Over Comp alu
Tige de selle : Specialized CG-R carbone
Selle : Specialized Phenom Comp GT
Poids : 8,55 kg sans pédales en taille 52
6 tailles : 49, 52, 54, 56, 58, 61

Prix public :  3299 €

Version féminine Ruby : SPECIALIZED 2017 : Premier test du nouveau Ruby


Voir aussi : Autres infos et tests Specialized

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3 commentaires sur “Test du Specialized Roubaix Comp”

  1. Merci pour ce test qui confirme tout le bien qu’il était possible d’attendre de ce vélo. Sur l’ancien modèle le panachage Shimano/pédalier Praxis/chaîne KMC a pu poser problèmes si j’en crois plusieurs avis sur des forums. Vaut-il mieux upgrader seulement le pédalier et la chaîne en ultegra (un peu plus de 300 euros) ou passer au niveau Expert ? (+ 700 euros). Le gain de poids est-il significatif ? Où combien pèse le Roubaix expert ? Merci pour vos réponses et vos conseils.

    1. Les vélocistes de bon conseil vous diront sans doute de passer au modèle Expert. Nous ne savons pas si le gain de poids est vraiment significatif (peut-être 200 g?), mais outre la transmission complète Ultegra, l’Expert bénéficie aussi de freins RS685 (de niveau Ultegra) avec des poignées qui ont un look un peu plus sympa.

  2. Bonjour.
    Beaucoup de marques mixent les transmissions et utilisent des chaînes KMC. nous n’avons aucun mauvais retour concernant le fonctionnement des transmissions qui sont montés sur les Roubaix.

    Pour info le modèle expert pèse en taille 54 et sans pedales , 8.2kg.

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