Bulls Monster E, l’électrique pas triste

La marque allemande Bulls joue des coudes pour se faire une place au soleil, avec de beaux vélos à des prix ajustés. Et aussi des solutions originales : voici l’essai du Monster E, un fat-bike en alu à assistance électrique. Une machine aboutie, polyvalente et plaisante… Cet e-fat n’a rien d’un boulet !

profil Bulls Monster E

PHOTOS : VeloChannel et Sébastien Mosser

PRESENTATION

La finition du Monster E est sans chichi, mais il n’y a aucun défaut à cacher. Par exemple, aucune soudure n’est polie, ce qui permet de constater qu’elles sont toutes parfaitement régulières. L’usinage des pièces à l’arrière des bases est impeccable. L’intégration esthétique de l’assistance électrique Bosch sur ce fat-bike est réussie, d’autant que la batterie reprend le thème bicolore du cadre.

direction et soudures

soudures tube de selle

La section des tubes d’alu 7005 inspire confiance, et l’ensemble direction-fourche paraît pour le moins… Robuste. Les haubans sont en S, plus pour dégager les pneus que pour le confort. Freinage et transmission sont confiés à Shimano (à part le pédalier FSA), avec des disques de 180mm et un ensemble Deore XT (10 vitesses).

pneu Schwalbe Jumbo Jim 26x4.00

moyeu Salsa by Formula

Les roues aux jantes siglées Bulls ont confié leurs moyeux à Formula et sont chaussées de Schwalbe Jumbo Jim en 26×4.00. Pour s’asseoir, il y a une Styx de chez Selle Royal.

passage de racines en descente

PRISE EN MAIN

Le premier contact met en confiance instantanément. L’aisance et la facilité générales tranchent avec l’aspect un peu lourdaud de l’engin, qu’on oublie aussitôt. La position centrale de la propulsion Bosch et sa batterie posée sur le tube diagonal gardent le centre de gravité à la bonne place. Dominée par un large cintre de 750 mm, la fourche droite est très précise, et le cadre semble rigoureux. Cette impression de rigidité se confirme rapidement. Quelle que soit l’allure, le Monster répond d’un seul tenant. Sous l’air bonhomme que confèrent toujours à un fat ses pneumatiques joufflus, ce cadre en alu a une poigne de fer. Très homogène, il limite les questions métaphysiques. Si l’avant passe, l’arrière aussi, et puis c’est tout.

descente de talus

Et comme le grand guidon met à l’aise, on se régale. Ce comportement monobloc sanctionne toutefois immédiatement une pression excessive des pneus. La fourche ne travaille absolument pas et secoue le haut du corps (sur terrain cassant) si son Jumbo Jim est trop gonflé. A très faible allure, elle peut aussi renvoyer le vélo en arrière sur une grosse racine mal négociée. Les pneus trop « durs » se déformeront pas non plus en roulant vite, et le Bulls va secouer son pilote, le triangle arrière ne filtrant rien. Au fil des kilomètres, on dégonfle donc un peu les Schwalbe, et tout va bien mieux. Le Monster devient fluide, en restant toujours précis, même à 40km/h et au-delà.

Après quelques kilomètres, on oublie largeur et diamètre des roues, et on se surprend à passer dans des singletracks aux épingles de plus en plus serrées.

montée avec le Bulls Monster E

Pour grimper, il ne faut pas hésiter à rester assis en gardant du poids sur l’arrière. L’avant ne quittera pas le sol pour autant, la fourche guidant le vélo pendant que le pneu digère les obstacles. Là, c’est le bonheur… Plus rien ne l’arrête.

Le freinage est très bon. L’avant répond toujours présent. Un peu bruyant, le nôtre à souvent besoin de quelques tours de roue après un freinage appuyé et/ou un peu long, pour remettre ses plaquettes à leur place et les faire taire. L’arrière est trop mordant. Il faut le doser avec parcimonie, pour éviter la fonte prématurée des crampons du Jumbo Jim et ne pas perdre en précision globale du vélo. Les dérapages amoindrissent le travail du pneu, enlaidissent les trajectoires, et ne nous paraissent pas vraiment en adéquation avec le caractère d’un fat, incitant plutôt au style coulé…

Schwalbe Jumo Jim

Le Schwalbe Jumbo Jim pourrait être un peu plus agressif. Il nous a semblé polyvalent et assez roulant, dérivant un peu ou décrochant dans le sable ou les graviers, mais jamais sans prévenir. Il est resté sain dans les (rares) passages gras (mais sans neige) de ce début juillet. Ce n’est toutefois pas un furieux du grip, et il a parfois eu tendance à lâcher prise en traction, malgré la surface au sol. Et on a vu les crampons centraux maigrir rien qu’en 200km, même en évitant au maximum de déraper.

Selle Royal Styx

La selle Styx ne nous a pas convaincu. Un peu trop large et un peu trop dure sur toute sa longueur… Longueur qui permet toutefois de changer de position et de placer son poids précisément.

moteur Bosch sur MonsterE Bulls

ASSISTANCE

Et l’assistance dans tout ça? Elle se ferait presque oublier… Presque seulement. Quatre modes sont disponibles : le mode eco, qui fait un petit peu plus que gommer le poids de l’assistance, pour une autonomie maximale; le mode tour pousse à tout instant, sans supprimer les sensations du relief mais en aidant sacrément; le mode sport permettra de franchir les passages particulièrement longs et raides, sans mettre dans le rouge les cyclistes les moins aguerris. Le mode turbo impressionne, mais sera à réserver aux murs infranchissables et autres pitreries : l’autonomie dégringole et les sensations d’un vrai vélo s’éloignent trop… Mais quelle pêche! Tous les chiffres dans la fiche technique ci-dessous.

Conformément à la réglementation,  cette assistance Bosch se coupe à partir de 25km/h. Plus précisément, elle baisse à partir de cette vitesse, pour disparaître complètement aux alentours de 27km/h affichés à la console. Cette gestion progressive de la coupure est extrêmement confortable, en atténuant l’effet « coup de frein ». Très réactive, cette assistance a toutefois un petit délai de déclenchement à partir de l’arrêt complet, peu gênant en pratique sauf en situation très délicate (dévers glissant ou redémarrage en forte côte dans la caillasse par exemple). Il nous a paru judicieux de rouler en conservant un rythme de pédalage similaire à celui d’un vélo classique : entre 70 et 90 tours de pédalier par minute, l’assistance demeure discrète et confortable, l’appareil cardio-vasculaire travaille sans violence et les sensations restent celles du vélo.

transmission Shimano XT dix vitesses

Les dix vitesses du Shimano Deore XT (11/36 dents) suffisent à toutes les situations. La disponibilité du groupe Bosch permet de tout grimper avec le grand pignon, et on arrive à pédaler jusqu’à quasiment 50 km/h en descente. Notons que, visiblement bien réglée sur notre machine d’essai, la transmission s’est montrée docile et silencieuse sur tous les développements.

voyants batterie

cheminement des câbles au guidon

L’équipement électrique est solidement installé : pas de gling-glong quand ça secoue, pas d’accessoires bringuebalants. Le cheminement des câbles est propre et limite au maximum leur vulnérabilité. Le gros du faisceau passe dans le tube diagonal pour ressortir sous la base gauche jusqu’au capteur.

Le bruit de fonctionnement émis par l’assistance Bosch reste mesuré. Toujours perceptible sur le vélo, il est en revanche couvert par le chant des gros pneus pour le reste du monde. Ce n’est pas la biche surprise à quelques mètres seulement d’un sentier qui dira le contraire…

profil Bulls Monster E

Après deux heures en moyenne montagne sans un grain de bitume, l’écran affiche 50 km. Quand même. Nous sommes resté en mode tour, sauf pour passer un talus hors sentier d’une cinquantaine de mètres, défoncé par les sangliers et habituellement franchi en poussant le vélo. Personne n’est parfait… Pratique ce mode turbo, finalement.

A titre indicatif, l’autonomie finale dans cette configuration a été de 58 kms (et 900m de dénivelé positif environ). L’estimation de la distance restante calculée par la console n’est pas mauvaise, mais elle est réajustée constamment selon l’assistance choisie, le dénivelé, la vitesse. Quand elle cesse finalement d’afficher une distance, il reste encore de quoi faire quelques centaines de mètres… Le pictogramme de la charge batterie est suffisant pour rouler tranquille. Comme promis par Bulls, la batterie se recharge complètement en moins de quatre heures.

écran assistance électrique Bosch

commande d'affichage au guidon

La console est lisible et facile à manipuler. Nous avons même réussi à changer la langue d’affichage sans la notice (et sans tout planter). Les commandes les plus utiles (choix du mode d’assistance et défilement des informations) sont doublées au pouce gauche. Son seul défaut, l’intensité du rétro-éclairage à la tombée de la nuit, un peu gênante dans le champ de vision. Rien de bien grave donc.

FICHE TECHNIQUE BULLS MONSTER E
Bulls Monster E

Cadre : Aluminium 7005
Fourche : BULLS Fat Fork Alloy
Dérailleur : Shimano Deore XT
Shifter :
Shimano Deore XT
Cassette : Shimano Deore XT 11/36 dents
Pédalier : FSA
Transmission : BOSCH Performance CX Line 250W
Freins : Shimano Deore 180mm /180 mm
Roues : jantes Bulls, moyeux Formula
Pneus AV/AR : Schwalbe Jumbo Jim Snake Skin 26 x 4.0
Potence : Kalloy UNO (Grade 3.0)
Cintre : Kalloy UNO (Grade 3.0)
Tige de selle : Kalloy UNO (Grade 3.0)
Selle : Selle Royal Seta M1, STYX design
Poids : ~ 23,7 kg (modèle d’essai pesé à ~ 22,6 kg)
Tailles disponibles : 46, 51 cm
Prix public : 3399 €
Assistance électrique Bosch Performance
Batterie Power Pack 400 : 36V/400Wh
Mode Eco : 50% de la puissance fournie par le cycliste
Mode Tour : 110% de la puissance fournie par le cycliste
Mode Sport : 170% de la puissance fournie par le cycliste
Mode Turbo : 275% de la puissance fournie par le cycliste
Plus d’infos : www.bulls.de/fr

 

CONCLUSION

L’accessibilité et la polyvalence naturelles du fat trouvent avec l’assistance électrique une ouverture à un public encore plus large, et ce sans générer d’ennui pour les cyclistes plus expérimentés. En effet, ces derniers profiteront aussi du côté joueur et sûr de l’engin tant il est à l’aise partout, mis à part peut-être les descentes les plus extrêmes… Pour en profiter pleinement, il ne faut surtout pas trop remplir les pneus. Si une crevaison survenait… On répare et on regonfle, mais à peine plus. Et c’est reparti!

Une machine bien agréable et amusante que ce Bulls Monster E, qui tient largement toutes ses promesses. Le modèle essayé ici en taille 51 a été pesé à 22.6kg, dont 2.4kg de batterie; il s’agit d’un modèle de pré-série, qui a déjà quelques mois d’existence et qui présente quelques légères différences avec la version 2015 actuellement disponible.

moteur sans protection

Le groupe Bosch a profité d’une évolution, et le Monster E du catalogue 2015 dispose d’un carter en alu qui passe sous le moteur pour le protéger des chocs. Pour le reste, ses caractéristiques sont similaires à celles de notre machine d’essai.

Bulls Monster E sur piste ensoleillée

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