Ultra Raid de La Meije 2018, le récit et la vidéo !

Le défi des grands sommets

Incontournable événement pour tous les coureurs au profil de type «montagnard», l’Ultra Raid de La Meije reste l’une des épreuves à la journée les plus exigeantes du calendrier national voire au delà. Et cette 8e édition qui s’est déroulée le week-end du 15 et 16 septembre 2018 n’a pas derogé à la règle. Ne nous y trompons pas, nous nous élançons bien ici pour une sacré virée montagnarde et l’équipe VELOCHANNEL.COM a de nouveau relevé le défi de l’Elite Ultra avec ses 115 kilomètres et 5000 mètres de dénivelé sur une seule et même journée, voici le récit de notre expédition…

Par Fred Ischard – Photos Aron Cortes / Ultra Raid de La Meije

De notre propre aveu, l’ultra raid La Meije, c’est LA course un peu hors norme et hors format classique du calendrier français empruntant des sentiers de haute montagne dans la grande majorité des tracés proposés… Au programme, le monstrueux parcours de la version Elite Ultra totalise 110km et 5000m de dénivelé mais surtout un tracé parfois très technique et la majeure partie du temps, nous évoluons à une altitude supérieure à 2000m.

Réveil à l’aube dans les ruelles du charmant village de Villar d’Arène annonçant le début d’une longue journée. Nous sommes ici au pied du col du Lautaret côté isérois. Malgré la longue journée qui nous attend, inutile d’absorber un petit déjeuner gargantuesque sous peine d’en payer les frais aussitôt le départ donné. Concernant l’équipement du jour, pas de tenues trop chaudes malgré les 3 petits degrés ressentis au départ car la première ascension va vite nous réchauffer mais un sac type Camelback avec le matos obligatoire contrôlé la veille aux inscriptions s’impose, certes juste l’essentiel pour arpenter les sentiers de montagne en toute sécurité. Nous n’oublierons pas non plus d’allumer les lampes frontales car à 6 heures du mat’ il fait encore nuit à cette période d’entrée automnale.

Les coureurs s’installent maintenant dans le sas de départ, peu de bruit avant le start, cette épreuve est toujours redoutée par qui que ce soit, que l’on soit coureur élite ou non, chacun doit savoir rester humble face au grand défi qui l’attend, c’est avant tout un défi face à soi même plutôt que face aux autres. Il est 6 heures, c’est parti pour une longue balade, départ nocturne durant la première heure. C’est un jeune coureur allemand qui se positionne en tête dès la sortie du village emmenant avec lui près de 600 pilotes, toutes formules et distances confondues. Si les deux premiers kilomètres sont plutôt faciles, voici déjà les premières rampes raides de la montée du col du Lautaret qui se présentent devant nous. Le pied relativement raide afin de rejoindre puis traverser la route nationale qui permet l’accès routier au sommet du col. Le  rythme n’est pas très rapide en tête de course, la suite de cette première ascension empruntant un single plutôt roulant dénué de piège, on se laisse guider à la lueur de nos lampes. Les favoris eux se positionnent déjà à l’avant et l’on retrouve ainsi un groupe de 6 coureurs isolés au sommet de ce col du Lautaret après 8 kilomètres de course.

Il fait encore nuit au sommet, une courte redescente puis c’est la longue ascension vers le mythique col du Galibier qui nous attend et devant ça embraye malgré un vent légèrement défavorable. Redescente sur une piste cabossée pendant 2km et cette fois on s’attaque bel et bien au Galibier. La montée est plutôt agréable avec des pentes régulières pendant cinq kilomètres. Le jour se lève et les premiers rayons du soleil reflètent sur le pic de La Meije que l’on aperçoit en face de nous lors de notre escalade. En parlant d’escalade, il nous faudra 10 bonnes minutes de portage sur un mur quasi vertical afin de se hisser au sommet de ce col du Galibier qui culmine à 2600 mètres d’altitude. On y retrouve un groupe de 12 coureurs en tête de course. Les conditions climatiques sont parfaites, il doit faire 3 ou 4 degrés avec un beau soleil sur ce toit des Alpes à 8 heures du matin.

C’est parti pour la première longue descente très technique où l’on doit de suite être très vigilant, hors traces et sur un sol très friable. On finit par se relâcher un peu sur la suite de cette longue descente devenant plus roulante avant d’aborder une partie trialisante que la majorité des coureurs devra négocier quasi intégralement à pied. Fin de descente plus rapide en se laissant glisser le long d’un magnifique torrent. On a 23 kilomètres au compteur, on se retrouve sur un sentier pédestre difficile à remonter pour rejoindre le lieu dit de Plan-Lachat, très connu des cyclistes qui escaladent le col du Galibier côté Valloire. Nous sommes maintenant au pied de l’ascension du col des Rochilles après 27 kilomètres de course et voici le second ravito bien garni, ce point sera également le lieu de la première barrière horaire que l’ensemble des coureurs passent sans trop de soucis afin de poursuivre ce somptueux parcours.

Alors que deux coureurs habitués de ces efforts au long cours, Alexis Chenevier et Yoann Sert se sont isolés en tête de course, il est l’heure de prendre des forces et de reprendre son chemin vers le camp des Rochilles pour se hisser jusqu’au sommet du col de la Ponsonnière. Le début d’escalade s’effectue sur une belle piste, on profite ensuite d’un magnifique single à flanc de montagne et de quelques franchissements trialisants lors de notre passage aux lacs des Cerces qui va nous mener tout au sommet à 2500 mètres d’altitude. Le panorama est juste à couper le souffle, c’est vertigineux et très accidenté dans un univers très minéral, juste parfait pour prendre une pause avant de s’attaquer à la très longue descente qui nous attend, très technique et parfois hyper cassante vers les chalets de l’Alpe du Lauzet. Une fois tout en bas, les bras sont fourbus et tétanisés par la difficulté de la descente, on file droit vers le mythique sentier du Roy, une section tellement belle mais qui réclame beaucoup de vigilance et de concentration sur ce sentier long de quatre kilomètres, vertigineux à flanc de ravin qui surplombe le torrent de la Guisane avant de  négocier la fin de descente en sous-bois vers les rives du torrent. Il faut maintenant remonter au col du Lautaret par le chemin descendu de nuit en début de course, chemin bien raide pas facile à escalader après 4 à 6 heures de course selon le passage des coureurs pour parvenir à terminer cette première boucle de cet Ultra Raid La Meije. Pas de ravito installé au sommet de ce col du Lautaret mais nous savons que l’on a déjà effectué la moitié du parcours. Une nouvelle barrière horaire sera installé à ce point de la course mais qui sera également franchie avec succès par la quasi intégralité des coureurs alors qu’en tête de course on retrouve toujours notre duo Alexis Chenevier et Yoann Sert suivis à un bon quart d’heure par un habitué de l’épreuve, le haut alpin Florent Besses.

Il commence à faire chaud sur le parcours, c’est parti pour une pseudo descente où en fait on reste à niveau dans des prairies en dévers, pas la partie la plus chic du parcours mais une transition pour rejoindre l’entrée d’un tunnel de conduite EDF qui est une des surprises du parcours depuis l’édition précédente… Allez, on rallume les lampes pour trois kilomètres tout plat dans le noir, ça fait plaisir de trouver une petite section roulante et retrouver un peu de fraîcheur. À la sortie de ce tunnel, deux cent mètres de dénivelé essentiellement en portage sont à gravir pour rejoindre le refuge de Chamoussière où se trouve notre ravito suivant, l’occasion de refaire une pause dans un décor très alpin avec une atmosphère montagne garantie : petit chalet en bois, encouragements au son des cloches, et fromage local à volonté ! Il faut tout de même repartir sans trop traîner sous peine d’être en retard à la barrière horaire suivante. Maintenant schuss vers Villar d’Arène où a été donné le départ ce matin, cette fois la descente est technique mais quasiment tout se fait à vélo sur un sentier de randonnée où l’on croise de nombreux promeneurs en ce samedi. Nouvelle descente terminée, on ne retrouve qu’un seul homme en tête, Yoann Sert qui est parvenu à s’isoler avec Alexis Chenevier à ses trousses. Ensuite, c’est un peu la guerre pour le dernier accessit sur le podium, Florent Besses ayant perdu 15 minutes en s’égarant, on retrouve un duo composé du jeune alsacien Florian Wenger et du très expérimenté grenoblois Cédric Schiavone avant d’aborder la montée vers le lac du Pontet, une petite ascension qui paye pas de mine car en bonne partie sur une petite route mais la rampe finale fait mal aux jambes pour parvenir à se hisser sur les rives de ce petit lac situé à 1900 mètres d’altitude.

On enchaine sur un beau single alpin qui surplombe le vallon de Villar d’Arène au beau milieu de quelques vaches puis on profite d’une très belle descente ludique vers les hameaux qui surplombent La Grave, en l’occurrence Les Hières puis Ventelon où se trouve la bifurcation du parcours de 75 kilomètres. Se trouve alors un ravitaillement où il est nécessaire de refaire le plein de victuailles afin de poursuivre notre chemin pour les 38 kilomètres qu’il nous reste à parcourir. C’est également ici qu’une barrière horaire mise en place sera fatale à bon nombre de coureurs, quoiqu’il en soit même les coureurs qui ont été shuntés pour 75 kilomètres peuvent se vanter d’avoir réaliser un sacré beau défi. Pour les autres coureurs de la formule Elite Ultra, c’est encore loin d’être terminé. Il va falloir tout d’abord gravir la rampe du hameau des Clots bien raide, enchaîner les montées autour du hameau de Chazelet et puis poursuivre l’ascension en longeant le vallon de la Buffe. Pendant plus d’une heure, le parcours sera plus linéaire mais pas moins physique pour autant en étant malgré tout récompensé par un décor de carte postale. Voici le ravito du chalet de la Buffe, celui-ci étant très important au regard de ce qui nous attend. Heureusement, on va trouver tout ce qu’il faut pour se refaire la cerise, notamment des fruits secs et du fromage. Maintenant, on repart pour un portage et une série de  pédalage/poussage pendant 20 minutes nous menant au sommet du plateau d’Emparis à 2300 mètres d’altitude, un sacré effort mais récompensé au sommet par une jolie balade sur des singles en plein cœur des magnifiques alpages du plateau d’Emparis. Malgré la fatigue qui commence à se faire sérieusement ressentir, quel plaisir ces singles rapides malgré un vent défavorable et une petite montée supplémentaire pour se hisser au sommet du col St Georges. Heureusement que sera également implanté un nouveau ravito car il reste encore une bonne vingtaine de kilomètres, c’est également la dernière barrière horaire du parcours, les retardataires étant exemptés de la boucle suivante qui nous attend pour filer directement vers la fin du parcours.

Allez, descente sur Besse en Oisans mais cette année, on nous épargnera 300m de dénivelé en ne descendant que les 2/3 de ce sentier pour récupérer directement la piste nous remontant au sommet du col que l’on vient de franchir, ça fait quand même déjà 500 mètres de dénivelé à gravir sur une belle piste en lacets. Nous revoici au sommet du col St Georges à 2200 mètres d’altitude, nouveau ravito puis courte descente sur single à travers les alpages. On s’élance maintenant pour la dernière ascension du parcours nous menant jusqu’au col du Souchet. Encore 200 mètres de dénivelé à gravir dans des sentiers d’alpage où l’on doit parfois pied sur les parties un peu trialisantes afin de préserver le matériel et le peu d’énergie qu’il nous reste.

Au sommet, voici le plateau des 3 lacs d’Emparis, c’est juste somptueux ces lacs d’altitude au milieu de rien avec en toile de fond le glacier et le pic de La Meije, un des moments magiques du raid pour ceux qui auront eut la chance de passer les barrières horaires. Maintenant, c’est profil descendant jusque l’arrivée, d’abord une section très trialisante avant de filer à toute vitesse sur des traces rapides qui s’ entrecroisent au milieu des prairies entrecoupées de quelques courts raidards. On se retrouve ensuite sur un sentier GR vertigineux avec de nombreuses épingles pour plonger vers le hameau du Chazelet, bref il faut rester très prudent et vigilant. Un nouveau raidard pour traverser le hameau et on poursuit la descente pour les 4 derniers kilomètres. Descente rapide dans des prés puis très vertigineuse avec des épingles très serrées sur des ardoises à même le vide, c’est particulièrement technique et très peu de coureurs seront en mesure de tout passer sur le vélo. Voici enfin le dernier kilomètre le long du torrent de la Romanche et c’est la dernière courte montée du jour avec une cinquantaine de marches d’escalier à gravir pour venir franchir la ligne d’arrivée jugée dans la petite station skiable de La Grave.

Ce défi Elite Ultra a finalement été remporté par Yoann Sert, qui rajoute une nouvelle victoire sur cette épreuve en bouclant les 115 kilomètres en un temps record de 8h35 ! Alexis Chenevier, multiple vainqueur de la Transvésubienne n’aura pas été en mesure de rattraper son retard accusé à mi parcours, il échouera à 5 minutes du vainqueur du jour. A la 3e place, c’est bien le jeune suisse Florian Wenger, tout heureux de se retrouver sur cette marche du podium en franchissant la ligne d’arrivée à 41 minutes du vainqueur, les écarts étant très conséquents derrière les deux hommes de tête. Le grenoblois Cédric Schiavon et le haut alpin Florent Besses complète le top 5 alors que le normand Étienne Routier remporte la catégorie Master en prenant la 8e place scratch. Elles sont deux femmes à avoir bouclé l’intégralité du parcours, c’est Sophie Bordères du club Lourdes VTT qui l’emporte après 12h32 de course devant la multiple vainqueur de l’épreuve, l’alsacienne Danièle Troesch.

Les épreuves 115, 100 et 75 kilomètres en version chrono et rando étant disputées le samedi, place à la formule deux jours le dimanche… Après avoir effectué les 70 premiers kilomètres du parcours intégral le samedi, les coureurs doivent maintenant en découdre sur les 50 kilomètres de la boucle traversant le plateau d’Emparis avec tout d’abord une première montée raide pour rejoindre le hameau de Ventelon et de poursuivre sur le tracé emprunté la veille par les coureurs de la formule Elite Ultra sous un soleil tout aussi resplendissant que le samedi. Au final, c’est l’espagnol Josep Termens qui remporte ce classement avec 3 minutes 40 d’avance sur le coureur anglais Ben Bardsley et 10 minutes 30 sur le coureur du team Raid Vauban Olivier Descamp.

On aura à nouveau été extrêmement ravi par ce week-end de haute montagne à sillonner des traces très typées all-mountain mais restant relativement accessibles. Si le défi Elite Ultra semble parfait pour un vrai défi physique et technique, il peut sembler un poil trop engagé et exigeant pour une première expérience en montagne. La formule Ultra sur deux jours quant à elle permet du coup de profiter du tracé sur un week-end complet tout en disposant d’un classement cumulé des deux jours. Au sujet du parcours, bien que reprenant à 90% les traces similaires d’une année sur l’autre, il est simplement fabuleux et on se lasse jamais d’y retourner. On apprécie toujours autant d’arpenter ces sentiers de haute montagne au cœur de ces décors d’exception ! On a apprécié également l’accueil chaleureux de toute l’équipe d’organisation qui reste très conviviale. La prestation comprenant toute la sécurité dû aux contraintes du parcours de haute montagne, des ravitos très bien garnis tout en long du parcours, un repas d’arrivée et l’incontournable T-shirt finisher pour les plus courageux ayant bouclé l’intégralité du tracé nous a semblé d’un excellent rapport qualité prix.

On ne peut que recommander vivement cet incontournable événement, c’est une expérience à vivre ou à revivre au moins une fois. Rendez vous les 14 et 15 septembre 2019 pour la 9e édition de ce somptueux Ultra Raid de La Meije !

Infos et classements : www.ultraraidlameije.fr

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