Raid VTT Chemins du Soleil 2022, exquis !

L’aventure en mixte

Cette 19e édition du Raid VTT Chemins du Soleil nous aura comme d’habitude proposé un tracé exceptionnel entre Hautes Alpes et Drôme, un parcours que nous avons dans ces grandes longueurs déjà emprunté lors d’éditions précédentes mais que nous avons eu à cœur de retrouver. Pour cette nouvelle édition et notre onzième participation, nous avons décidé de vivre une nouvelle expérience en catégorie mixte, une aventure enrichissante humainement et sportivement parlant. Allez, c’est parti pour quatre jours en immersion au cœur de ces fameux « sunny singletracks ».

Par Fred Ischard – Photos : Cyril Crespeau

Rendez-vous est donné à Saillans, magnifique petit village de 1500 âmes situé dans la vallée de la Drôme qui nous accueille pour le grand départ de cette 19e édition. Le site d’accueil situé dans un camping en bordure de cours d’eau est juste parfait pour accueillir les quelques 600 coureurs attendus au départ sous un grand soleil. Nul besoin d’arriver trop tôt sur ce site d’accueil car seule une épreuve nocturne est prévue en ce jeudi 26 mai. L’organisation a prévu une navette depuis l’arrivée finale à Gap d’où il était possible de laisser une voiture afin de se faire rapatrier jusqu’au départ. Nous arrivons sur place sur les coups de midi afin de récupérer tranquillement nos dossards et s’installer au milieu des nombreuses autres tentes réparties dans le camping. L’après-midi sera propice à la récupération, on décide sagement de ne pas s’astreindre à la reconnaissance du parcours nocturne, j’en ai quelques vagues souvenirs de l’édition 2015 et je récolterais quelques retours de participants ayant effectué la reconnaissance le matin. Apparemment ce sera sélectif et il faudra se montrer prudent sur quelques passages bien périlleux. L’après-midi passe rapidement et à 18 heures, le briefing nous est présenté avec présentation des élus (sans qui rien ne serait possible non plus), des différents favoris de l’épreuve « Élite » et des différents points de règlements sans oublier les points de sécurité. Les consignes énoncées par Hervé Simon, chef de file de l’organisation sont claires et ça lance parfaitement l’épreuve qui débutera pour nous dans quelques heures. Ma 11e participation à l’épreuve sera du coup particulière en compagnie d’Aurélie, une très sympathique raideuse fort expérimentée sur les épreuves long format et typé montagne, un atout précieux pour une première expérience en catégorie mixte sur cette épreuve. Malgré tout, la concurrence est particulièrement présente cette année dans cette catégorie avec pas moins d’une quinzaine d’équipes au départ dont de très performantes, c’est une belle surprise et une bonne nouvelle qui donne à cette catégorie un peu plus de volume et d’importance à ce raid. Voici le repas d’ouverture avec un dîner local dont les produits sont sélectionnés avec grand soin pour privilégier les producteurs locaux, c’est ainsi que nous allons déguster chaque repas avec gourmandise, préparés sur place par un traiteur local avec des produits frais alliant gastronomie et besoins nutritionnels des coureurs. Pour cette première soirée, c’était ravioles, terrine et tartelette au menu. Des éco-cups personnels et des couverts en bois sont distribués pour privilégier le recyclage, bref un gage de qualité et de soin que l’on va très vite ressentir à tout point de vue sur l’événement. L’heure de départ arrive, on se met en tenue, on prépare les frontales, c’est maintenant que l’aventure commence !

Prologue : Pays Saillanson sous la nuit étoilée

Au programme de ce prologue, un tracé très court cumulant 22 kilomètres et 1000 mètres de dénivelé. L’objectif donné par l’organisation n’est pas de nous faire rouler jusqu’au bout de la nuit mais juste de lancer l’épreuve en mode nocturne pour garder cette tradition propre au Raid VTT Chemins du Soleil et de nous faire vivre un peu la magie d’une balade nocturne sans rentrer trop tard au bivouac. Nous sommes 80 binômes au départ pour la formule « Elite » chronométrée, les quelques 400 participants à la formule non chrono en sont exemptés et viendront gonfler le peloton au départ de la première étape. Il fait quasi nuit lorsque le départ est donné à 21h30 pour le début de course et comme chaque année, on ressent beaucoup d’excitation et de nervosité sur cette étape courte. On démarre d’entrée par une belle montée sur asphalte, la route qui serpente telle une corniche est vraiment magnifique. Le peloton s’étire très rapidement, le cardio est à fond, chaque duo relance extrêmement fort.

On essaie de se placer correctement au milieu des autres coureurs alors que les favoris se détachent rapidement. On retrouve déjà le duo Emeric Turcat/Sébastien Carabin, vainqueur de l’édition précédente qui mène les débats. Après deux kilomètres, on quitte la petite route pour se lancer sur une piste roulante nous permettant de respirer un peu avant de remonter une nouvelle piste pendant deux kilomètres, c’est à partir d’ici que l’on va mettre la laisse de tractage en action. En effet, la bataille en catégorie mixte fait rage. Les duos Vincent Arnaud/Camille Udny et Alexis Chenevier/Hélène Pietrenko prennent le large mais ensuite nous sommes 5 équipes au coude à coude. Après 5 kilomètres de course, voici la descente du Riousset, la première du raid. Bon, il s’agit d’une courte descente sur un single bien technique, une petite passerelle en bas et un petit portage pour remonter l’autre versant du ruisseau. Du coup, ça occasionne un premier embouteillage à l’entrée du single mais chacun respecte son ordre d’arrivée sur les lieux et attend patiemment, c’est aussi ça l’esprit « sunny singletracks », un respect entre tous les coureurs. On reprend maintenant le cours de notre ascension avec le tronçon physique de ce parcours nocturne, une rampe en béton de 2 kilomètres à 13% de moyenne, notre petit groupe d’équipes mixte va exploser et je serais un des premiers à lâcher prise. On se retrouve à la 5e place avec le duo du team FMR mais chassé par la première équipe dame et une équipe mixte suisse. On est bien contraint de se mettre dans le rouge sur cette section qui nous mène au premier passage au col des Vallons à 700 mètres d’altitude.

On s’élance maintenant sur une boucle de 10 kilomètres cumulant près de 300 mètres de dénivelé et on commence par un single en balcon à flanc de ravin où il faut par moments passer à pied, on se retrouve toujours en chasse avec un sympathique duo normand pour tenter de rejoindre le duo FMR. Quand au duo féminin franco suisse avec Ilona Chavaillaz et Estelle Morel, ils nous chassent toujours de très près. Nouvelle petite descente très technique et nouvel embouteillage, le parcours nocturne particulièrement technique n’est pas vraiment propice cette année à étirer complètement le peloton.

Une fois passé cet embouteillage, on se lance à l’assaut de la 3e difficulté du parcours, un single en lacets de 2 kilomètres particulièrement raide, ça passe à vélo mais ça réclame beaucoup d’énergie. On effectue néanmoins une belle ascension, mon équipière est bien en forme dès ce prologue nocturne. Voici le point culminant à 920 mètres d’altitude, place à 4 kilomètres de descente, d’abord un single rapide, on sera peut-être un peu trop prudent sur ce tronçon et on se fait distancer par les FMR alors que l’équipe féminine nous recolle aux basques. Gros freinage et on poursuit notre descente par un single plus technique qui nous favorise un peu. On passe le Pas de la Bernade qui doit juste être impressionnant en plein jour.

Second passage au col des Vallons, il nous reste encore 450 mètres de dénivelé à descendre, autant dire il nous faut maintenant plonger vers Saillans. C’est donc 3 kilomètres d’une descente vertigineuse qui nous attend avec quelques passages bien engagés, quelques épingles et de grosses pierres où la moindre erreur nous fait plonger dans le précipice. Les secours sont présents pour nous mettre en garde sur ce passage dangereux. Un dernier schuss sur un monotrace technique et nous coupons la ligne après 1h49 de course.

Sans surprises, c’est le duo Turcat/Carabin qui remporte cette étape nocturne en bouclant les 22 kilomètres en 1h20. L’équipe Bike Corner d’Alexandre Barberoux et Maxime Folco prend la 2e place à 2 minutes et les frères marseillais du VC Gardanne Clément et Julien Desjardins prennent la 3e place à 4 minutes 30. Chez les dames, le duo franco-suisse Ilona Chavaillaz et Estelle Morel prend la tête de la course en bouclant les 22 kilomètres juste derrière nous en 1h49. Enfin, en catégorie mixte, c’est Alexis Chenevier et Hélène Pietrenko qui prend le commandement de l’épreuve en 1h44 avec 28 secondes d’avance sur le duo breton Jérôme Le Parc/Anaïs Grimault et 48 secondes sur Vincent Arnaud/Camille Udny. Allez, une rapide vérification du matériel obligatoire par l’organisation et on file ranger les vélos. Douche rapide et un dodo de 5 heures car dès le lendemain, les choses sérieuses commencent.

Étape 1 : A travers le Diois

C’est une étape 100% dromoise qui nous attend avec au programme 73 kilomètres et 2900 mètres de dénivelé pour rejoindre la ville de Die. Le tracé va nous emmener dans l’arrière pays du Diois sur les contreforts du Vercors. Nous approchons gentiment des massifs montagneux des Alpes du Sud. Réveil à 5h30, difficile de sortir de notre duvet mais pas de temps à perdre car après un petit déjeuner nécessaire, il faut se préparer, ranger les affaires et s’installer au départ qui sera donné à 7h30. L’enchaînement n’est jamais très simple à effectuer avec le petit déjeuner à digérer malgré le peu de sommeil, un petit déjeuner copieux et savoureux qui nous est proposé par l’organisation à base de muesli complet, fromage blanc, confitures locales, miel de la région, bref de quoi tenir une partie de la journée qui nous attend.

Le départ est cette fois donné juste à la sortie du camping, en douceur sur une montée facile pour quitter Saillans puis les choses sérieuses commencent avec une première montée de deux kilomètres sur un chemin pentu pour atteindre le Puy Morel situé 200 mètres plus haut. Pas une seconde à perdre, je mets de suite en application le tractage pour entrer rapidement dans la course. Les 3 premières équipes mixtes nous distancent peu à peu, par contre on parvient à passer devant l’équipe FMR et première surprise du jour, on aperçoit Alexis Chenevier arrêté sur le côté, on ne le sait pas pour le moment mais le souci en question occasionnera l’abandon du duo jusque là leader en catégorie mixte. Ça laisse donc le champ libre pour les duos Vincent Arnaud/Camille Udny et Jérôme Le Parc/Anaïs Grimault pour jouer la victoire en catégorie mixte.

Reprenons le cours de la course, une fois au sommet on se lance dans de petits singles tortueux très chouette à rouler et aussi surprenant que ça puisse paraître, aucun embouteillage. Passage à la maison forestière de Roury, on reste en forêt et on retrouve une belle piste qui monte, l’occasion de retracter un peu pendant un kilomètre car ensuite Aurélie devra gérer son effort seule pendant une bonne dizaine de kilomètres. On passe un petit palier à 450 mètres d’altitude et l’ascension devient nettement plus difficile sur un chemin étroit où l’on se retrouve avec une équipe des Pyrénées, une équipe normande, une équipe marseillaise et quelques amis gapençais. On passe ainsi le premier sommet du jour au col de la Tuilerie à près de 600 mètres d’altitude après 11 kilomètres de course. On va ensuite pouvoir respirer un peu et basculer sur une descente tantôt rapide, tantôt plus lente sur un single en suivant le sillage de 5 équipes homme mais malheureusement Aurélie plonge sur un single qui fait fausse route. Obligée de remonter sur la bonne trace, on perd deux petites minutes dans l’affaire et on laisse l’occasion à l’équipe FMR de nous repasser devant. La course est longue, on se reconcentre et on repart sans trop s’affoler.

On termine notre descente pour passer à proximité du village de Montclar puis on enchaine sur une section un peu plus roulante en prenant attention à rester sur la bonne trace. On passe le hameau de Vaugelas et on remonte un sacré talus sur un sentier à 15% où l’on parvient non sans peine à rester sur le vélo avant de plonger vers le vallon de la Gervanne. Petite montée sèche pour passer les remparts du village de Beaufort où se trouve le premier ravito du jour. J’ai 20 bornes au compteur et déjà quasi 1000 mètres de dénivelé sur ce début de course très casse-pattes. Ne disposant pas d’assistants sur le parcours, on prend soin de s’arrêter refaire le plein d’eau associé à des électrolytes pour faire face à la chaleur car il fait déjà 25 degrés sur le parcours. Malgré notre arrêt express, nous ne trouvons pas nos concurrents directs du team FMR qui sont une bonne minute devant nous mais on y trouve l’équipe homme du même team malheureusement contraint à l’abandon suite à la casse de cadre d’un des équipiers. On repart tambour battant avec quelques équipes qui nous ont distancé pendant notre petite erreur de parcours.

On profite de quelques kilomètres tout plat et roulants autour du village de Beaufort sur Gervanne où je peux à nouveau tracter facilement pour ménager Aurélie avant la prochaine longue ascension qui nous attend. Nous y sommes, on quitte une petite route pour s’engouffrer sur une piste, c’est parti pour 7 kilomètres et 550 mètres de dénivelé plutôt facile à gravir avec deux replats où je vais pouvoir tracter tout du long. Au milieu de l’ascension, on escalade une route sur un kilomètre à 10%, une belle route en corniche qui nous mène au pied du rocher de Vellan, on peut y contempler toute une partie de la vallée de la Drôme. La dernière partie d’ascension redevient facile et roulante jusqu’au sommet à 1000 mètres d’altitude tout proche du col de Bacchus. On décroche la laisse et on se jette dans la descente en ayant repris l’équipe FMR victime d’un petit incident. On effectue la belle descente qui suit ensemble, un single dans les bois et quelques jolis passages techniques plus tard, nous voici dans les gorges de l’Omblèze. On passe devant la cascade de la Pissoire qui incite à une fraîche baignade car il fait bien chaud et les quelques kilomètres qui suivent sur une petite route ombragée nous fait grand bien.

Nous voici au 2e ravito après 43 kilomètres de course. On tâche d’être rapide et efficace en s’arrêtant moins d’une minute, juste pour recharger en eau et repartir avec notre petit groupe dont l’équipe FMR que l’on parvient à distancer dans la seconde partie de l’ascension suivante. Elle n’est pas longue mais les 4 kilomètres à 9% sous une grosse chaleur sont éprouvants, je me sens nettement mieux que la difficulté précédente, du coup plus efficace au tractage ce qui permet de doubler également quelques équipes hommes et de s’isoler à la 4e place de notre catégorie.

Voici le col des Ayes, de nouveau à 1000 mètres d’altitude mais surprise, nous ne sommes pas au sommet et un single bien raide se dresse devant nous, 100 mètres de dénivelé à pousser le vélo ! La bascule est en vue et une nouvelle belle descente nous attend, d’abord bien technique puis plus rapide avant de quitter le single et terminer en lacets sur la route. On passe le vallon de la Sépie et sans même prendre le temps de respirer, on enchaine sur une nouvelle ascension, l’escalade du col de Vachères et ses 300 mètres de dénivelé que je juge plus difficile que la précédente montée, la piste est globalement plus raide mais suffisamment large pour tracter aisément et tâcher de ménager ma chère Aurélie et ainsi s’assurer notre 4e place, notre progression est régulière et on double pas mal d’équipes en difficulté, signe que tout va bien pour nous. Une nouvelle fois, un petit portage pour atteindre le sommet à 800 mètres. La descente qui suit est magnifique sur un sentier en balcon très typique de la région dioise. Pas d’erreurs en restant prudent et voici le 3e et dernier ravito du jour au village de Vachères en Quint. Aurélie a un petit souci de frein sur son vélo, on passe express à l’assistance technique qui constate un étrier de frein desserré. Merci à ce point d’assistance technique qui parfois peut rendre bien des services, même durant les étapes ! Pendant ce temps, je m’occupe à remplir de l’eau pour les 15 derniers kilomètres et on repart après une bonne minute d’arrêt sans apercevoir nos poursuivants. On file pour le final qui sans le savoir sera sacrément musclé.

On poursuit notre descente le long d’un petit torrent pour rejoindre les gorges du vallon de la Sure et c’est parti pour l’ascension finale de cette longue étape qui sera éprouvante. La chaleur commence à se faire sentir et les pentes nous obligent à pousser le vélo. Cependant, malgré la difficulté cette section va nous permettre de revenir et doubler le duo breton, Anaïs étant victime d’un coup de chaud. Auparavant, on aura croisé bon nombre d’équipes arrêtées, victimes de crampes. J’encourage Aurélie comme je peux pour passer les derniers portages lorsque j’aperçois enfin le sommet à 900 mètres d’altitude. Allez, maintenant ne reste plus qu’à plonger vers la plaine de la vallée de la Drôme, la descente de « Pierre Plate » et ses 3 kilomètres à serpenter dans la forêt est un régal, une bonne succession d’épingles à assurer et nous voici tout en bas. Ne reste plus qu’à foncer vers l’arrivée, 4 kilomètres tout plat sur asphalte et on coupe la ligne après 5h50 de course au terme d’une étape dromoise vraiment éprouvante. C’est à nouveau le duo Emeric Turcat/Sébastien Carabin qui l’emporte en 4h15 avec une moyenne impressionnante de 17km/h au regard du terrain difficile. Ils repoussent les frères marseillais du VC Gardanne Clément et Julien Desjardins et le duo Bike Corner d’Alexandre Barberoux et Maxime Folco à 24 minutes ! En catégorie mixte, très nette victoire de Vincent Arnaud/Camille Udny en 5h04 devant le solide duo suisse composé de Daniel Riotel et Marinette Martin à 35 minutes et notre duo VELOCHANNEL.COM à 45 minutes ! La bataille promet d’être sympa pour la suite, on se retrouve à 3 équipes séparées de moins de 5 minutes pour la 3e place du podium. En catégorie dames, solide victoire d’étape de l’équipe franco suisse Estelle Morel/Ilona Chavaillaz en 5h24, sacré chrono et top 30 au classement général provisoire.

Étape 2 : Entre Diois et Vallée du Buëch

On poursuit notre aventure sur ce raid des Chemins du Soleil par l’étape reine du week-end nous emmenant à Veynes en Dévoluy… Une étape de 86 kilomètres avec 3200 mètres de dénivelé qui va nous faire traverser la partie Est du Diois à travers les balcons du Glandasse pour entrer dans les Hautes-Alpes sans vraiment de surprises côté parcours car on va emprunter des traces déjà arpentées lors d’éditions précédentes qui ont fait l’unanimité tout en nous dénichant quelques surprises.

Nouveau départ à 7h30 et quelques kilomètres sur route pour démarrer en douceur et étirer tout le monde, ça frotte encore pas mal du fait d’un niveau toujours aussi homogène sur la formule « élite », on parvient à se placer pour rester au contact des premières équipes mixtes jusqu’au premier goulet d’étranglement après 7 kilomètres de course. En effet, on doit s’engouffrer dans un petit single technique mais il y’a encore beaucoup de respect dans le peloton et chacun patiente en respectant son ordre d’arrivée, c’est loin d’être le cas sur toutes les épreuves ! C’est déjà la bataille entre les équipes mixtes, hormis les intouchables leaders, on se retrouve à 4 équipes au coude à coude en formant un petit train sur ces premiers singles techniques, voilà qui nous promet une sacré journée. Ces premiers sentiers, certes magnifiques, usent déjà les organismes et on arrive rapidement au premier ravito après 16 kilomètres de course. Autant dire que la bataille c’est également au ravitaillement ! Aurelie me confie son bidon que je remplis express avant de taper un sprint pour la retrouver et rester au contact du groupe des mixtes, les autres équipes disposant d’une assistance ou ne s’étant pas arrêté du tout.

On a ensuite droit à quelques kilomètres tout plat, c’est rare ici et on suit le cours du Bès. Après 23 kilomètres, c’est réellement maintenant que la course commence avec la première longue difficulté du jour, pas si long non plus car c’est 3 kilomètres à 10% qui nous attend pour remonter à 1000 mètres d’altitude. M’attendant à une ascension plus longue, je lance un peu les hostilités du groupe dès le pied et sors la laisse de tractage le premier pour nous échapper, profitant de la connaissance du terrain de cette étape. L’équipe suisse nous reprend et nous double assez facilement sans tractage, par contre on aperçoit plus les autres équipes qui m’incitent du coup à poursuivre mon effort. Peu avant le sommet, on quitte la piste pour emprunter un magnifique sentier à flanc de falaise super beau et très vertigineux que je reconnais de suite, le fameux sentier de la Grésière; son petit tunnel et son passage à pied très près du vide suivi d’une magnifique trace en balcon parfaitement sécurisée par l’organisation où il faut parfois pousser et remonter plusieurs fois sur le vélo. On profite à fond de ce passage sans trop s’employer permettant à quelques équipes hommes mais également à l’équipe bretonne de revenir sur nous, Anaïs Grimault se montrant particulièrement en forme aujourd’hui. On laisse partir mais on ne lâche rien, sachant que l’on va basculer sur une longue et belle descente. Encore une belle séries de passages techniques et nous voici au col du Pinet à 1200 mètres d’altitude. On se lance maintenant dans la superbe descente vers le village de Boulc, assez engagée mais pas trop dangereuse. Le second ravito du jour nous y attend. Par contre, on s’est fait distancé par l’équipe bretonne dans la descente, qui plus est – bénéficiant d’une assistance technique précieuse – est déjà repartie du ravito avant même que nous y arrivons. Du coup, même topo que pour le premier ravito, Aurelie se charge de nous prendre des choses à grignoter tandis que je me charge de refaire le plein des bidons et 30 secondes plus tard, adieu le ravito car ensuite on entame la plus longue montée du jour, les 8 kilomètres et 650 mètres de dénivelé de l’ascension du col des Vaunières, une montée plutôt roulante sur une jolie petite route puis sur une piste. Et là on se rend compte que l’écart avec la 3e équipe mixte n’est pas irrémédiable. On prend le temps de grignoter un peu en roulant dans ce début d’ascension avant de se remettre dans la course, allez tractage mais cette fois je ressens un vent défavorable ralentir ma progression et peu avant avant de quitter l’asphalte je ressens un bon coup de moins qui rend mon tractage nettement plus inefficace, Aurelie devant redoubler d’efforts pour compenser mais malheureusement ça ne suffira pas à contenir nos chers bretons que l’on voit s’éloigner mètre après mètre. Au sommet nous voici à 1400 mètres d’altitude, le point culminant du jour, le ciel s’est nettement assombri et nous sommes quasi sous les nuages, on poursuit sur un joli petit sentier puis par une descente très rapide, traversée du hameau des Vaunières où je trouve une fontaine pour me ravitailler ayant épuisé tout mon bidon dans l’ascension précédente car chez moi la fatigue me fait énormément transpirer à l’effort et je double facilement mon volume d’hydratation. On s’engouffre ensuite pleine pente dans la forêt pour gravir un gros portage assez court mais sur un tas de feuilles et de cailloux hors de toute trace, le long d’un torrent, c’est très exigeant pour les mollets mais ça fait aussi partie du raid des Chemins du Soleil. Il faut s’accrocher pour ne pas trop subir le parcours et profiter du magnifique décor qui s’ouvre devant nous. Je retrouve un peu de couleurs dans ce crapahutage où l’on partage un bon moment avec deux sympathiques équipes homme. On entre maintenant dans les Hautes-Alpes et on aperçoit la vallée du Buëch en contrebas. Quelques mètres sur un sentier trialisant sur des crêtes puis on bascule dans une descente rapide jusque St Julien en Bauchene dans la vallée du Buech, deux kilomètres tout plat vont nous permettre de respirer un peu avant une nouvelle montée de trois kilomètres sur piste nous élevant à 1000 mètres d’altitude. On effectue notre course sans se préoccuper des autres équipes et sur cette courte ascension au demeurant plutôt facile, je sens que c’est Aurelie qui paye un peu ces précédents efforts, j’essaie donc de modérer le tempo tout en tractant pour ménager notre duo. On parvient sans trop de soucis au sommet en perdant un temps raisonnable puis on enchaîne par une descente courte et rapide sur piste. On passe rapidement le village de Montbrand et on attaque la montée suivante, deux kilomètres faciles et roulants, les kilomètres défilent mais le profil reste très casse-pattes et il faut faire face à nos coups de mou respectifs. Au moment de passer le sommet, voici l’équipe FMR qui nous reprend ! On bascule vers le hameau de La Faurie, emplacement du troisième ravito du jour. Rien que sur la descente, nos adversaires en pleine forme nous ont pris une minute pleine et à peine arrivé au ravito, déjà plus personne ! Ah les raideurs ne perdront jamais une seconde à un ravitaillement ! Du coup arrêt express pour nous également et on repart pour les 17 kilomètres restant, on gravit maintenant l’ascension du col de Seille, à nouveau quatre kilomètres de montée alternant une belle route en lacets en plein soleil et un chemin vraiment raide qui va faire exploser plus d’un coureur dont notre duo. Ma chère équipière va se hisser au sommet au courage, je me charge de pousser les deux vélos, ce mauvais coup de mou va bien finir par passer et l’arrivée approche. La bascule est une récompense avec une magnifique descente sur des petites arêtes de sable noir dans des marnes nous plongeant vers Aspres sur Buech, un carrefour historique entre le Dauphiné au Nord et la Provence au Sud.

On entame les 10 derniers kilomètres et voici la dernière bosse du jour, fort heureusement plutôt roulante pour franchir le dernier massif nous séparant des portes du Dévoluy. Aurélie retrouve des couleurs après s’être bien alimentée, ça va nous permettre d’assurer une bonne ascension vers le sommet de ce massif des Eygaux à 950 mètres d’altitude. Encore quelques kilomètres roulants dans la forêt puis nous basculons dans une superbe descente piégeuse, pas trop d’engagement technique mais beaucoup de pierres et d’épingles, bref la moindre erreur de vigilance et c’est la chute assurée. Allez, les 3 derniers kilomètres tout plat et voici la ligne d’arrivée sur les rives du plan d’eau des Iscles à Veynes en Dévoluy. Il ne faudra guère plus de 5 heures de course pour le team Tribe/Urban Tri Sports qui remporte l’étape avec 17 minutes d’avance sur le duo Alexandre Barberoux/Maxime Folco. L’écart est maintenant de 44 minutes entre ces deux équipes à la veille de la dernière étape. C’est le team Giant Germany emmené par Arnaud Rapillard et Wegner Sonke qui prend la 3e place du jour et remonte à 12 minutes des marseillais du VC Gardanne pour la 3e place du classement général. Chez les dames, nouvelle victoire pour le duo Ilona Chavaillaz et Estelle Morel en 6h28 alors que chez les mixtes c’est à nouveau Vincent Arnaud et Camille Udny qui remportent l’étape quelques secondes devant les leader dames, les suisses Marinette Martin et Daniel Ribotel pointant à 6 minutes et la team Breizh à 11 minutes. Nous sommes maintenant 3 équipes dans le quart d’heure pour la 3e place du podium, la messe semble dite pour nous mais ne sait on jamais, l’ultime étape peut réserver son lot de surprises. L’étape du jour fut à tout point de vue vraiment magnifique concernant le tracé un peu plus physique et un poil moins technique que la veille mais tout aussi belle…

On nous annonce le lendemain un final en apothéose avec une traversée « aérienne » du Dévoluy longue de 54 kilomètres et cumulant 1900 mètres de dénivelé…  Après une troisième étape vraiment physique, place donc à une quatrième étape qui va nous amener sur Gap par une jolie balade dans le Dévoluy, en fait ce sera juste une exceptionnelle virée !

Étape 3 : Les balcons du Dévoluy

Le réveil à 5 heures du mat est toujours aussi difficile mais tout le monde est impatient de découvrir ou redécouvrir cette belle étape qui nous attend, une classique sur cette épreuve lors des arrivées finales à Gap tant elle fait l’unanimité. Après une courte liaison d’échauffement de 3 kilomètres, le départ est donné à 7h30 au coeur de cette jolie petite ville de Veynes et on s’attaque d’entrée à une ascension de 8 kilomètres dont les six premiers sur asphalte pour passer le col des Tourettes. Rapidement, un groupe de tête d’une dizaine d’équipes s’échappe en tête alors qu’un second groupe d’une quinzaine d’équipes en poursuite roule fort derrière, ça c’est ce que j’arrive à voir de l’arrière car pour nous c’est une autre course. Sans surprises, les deux premières équipes s’échappent sans pouvoir les suivre mais je parviens à distancer FMR et Breizh team. Je suis à fond et je donne tout pour faire un peu la différence mais nous sommes tous à fond et FMR revient sur nous un peu avant le sommet sur asphalte et finalement on entre dans les premiers singles à 3 équipes mixtes ensemble, les bretons ayant également fait le forcing pour rentrer sur nous. Tout est à refaire et ce n’est pas comme ça qu’on va récupérer un quart d’heure, tout le monde semble fort aujourd’hui et c’est dans ces situations que l’on voit que l’épreuve prend du volume d’année en année niveau densité de coureurs et ce dans chaque catégorie. On passe le col des Tourettes et on s’engage dans un sentier étroit parsemé de portages et autres raidards pour atteindre le sommet de cette première ascension du jour à 1350 mètres d’altitude, cette section permet de faire un peu la différence pour certaines équipes avant la longue descente qui nous attend. On plonge vers le village de Montmaur, la première partie de la descente est large et rapide mais reste cassante, les bretons vont en faire les frais en étant victime d’une crevaison, j’incite du coup à l’extrême prudence, la suite de cette descente étant très pentue et technique. En bas, quelques kilomètres tous plats très rapides, on traverse le village de Montmaur et on se lance maintenant sur la principale difficulté de la journée; une longue ascension de 15 kilomètres. On attaque d’entrée un single plein de cailloux instables, Aurelie est à l’aise et plutôt fluide sur cette montée technique et éprouvante. On entre ensuite dans les sous bois plus humides emplis de franchissements, de dévers, de ruisseaux. Ca n’avance pas bien vite et il faut beaucoup d’énergie pour progresser. Enfin, pour finir après quelques raidards, on arrive sur la piste forestière de Matacharre. Le premier ravito du jour est situé tout près du joli barrage des Sauvas. C’est le moment idéal pour refaire le plein d’énergie et ainsi bien terminer cette ascension du col de Matacharre. Pour nous, c’est ravito express pour refaire le plein des bidons et je file retrouver Aurelie. On passe le petit barrage, petit single technique et on poursuit la montée par cette belle piste roulante et agréable sous les sapins pendant 5 bornes jusqu’à 1700 mètres d’altitude, passage du col de Matacharre. Une nouvelle fois, on s’est livré à fond sur cette ascension et malgré tout on nous annonce l’équipe FMR à 2 minutes devant qui eux donnent tout pour aller chercher le podium du général.

On entre dans les alpages sur un fabuleux sentier aérien qui va nous mener au col de Conode, c’est devenu un passage incontournable et emblématique du raid, vraiment vertigineux mais parfaitement sécurisé par tout le staff d’organisation en charge de la sécurité du parcours, un gage de grande qualité pour nous faire profiter de ces traces exceptionnelles ! Quelques minutes de bonheur plus tard, nous voici au sommet du col de Conode à 1800 mètres d’altitude, le point culminant de l’épreuve ! Place à la descente et on ne sera pas déçu. Celle-ci aussi à été régulièrement emprunté lors d’éditions précédentes, c’est un sentier tout en dévers parsemé d’obstacles, grosses racines saillantes, pierres, blocs, bref un vrai passage technique mettant en avant les qualités techniques et de pilotage des coureurs, on y double l’équipe leader mixte qui assure ce passage et profite d’une avance plus que confortable sur tous les poursuivants. Ensuite, on s’engage dans une sublime descente tracée au cœur d’un immense pierrier avant de filer tout shuss vers le 2e ravito que l’on zappe car il ne reste qu’une quinzaine de kilomètres. Bon, pour le classement général, les choses sont pliées mais si l’on peut à nouveau terminer 3e sur cette étape, on serait ravi. On termine la descente et en bas, il ne reste plus qu’une montée de 3 kilomètres avant la fin du chrono. Surprise, la Breizh Team revient sur nous totalement survoltée, nous double et file vers l’arrivée pour tenter de sauver le podium au classement général final. La montée sur un single raide et exigeant n’en reste pas moins très jolie et on se donne comme on peut pour venir couper la ligne finale après 3h50 de course pour boucler les 44 kilomètres. On peut enfin se relaxer et se laisser tranquillement glisser jusque Gap, les 10 derniers kilomètres s’effectuant en liaison pour assurer une sécurité maximale dans les rues gapençaises.

Finalement pas de surprises sur cette dernière étape, le duo Emeric Turcat/Sébastien Carabin remporte une deuxième victoire consécutive ensemble sur cette épreuve, Emeric cumulant six victoires sur ce raid VTT Chemins du Soleil. Ils offriront même la victoire de cette étape finale à leurs dauphins Alexandre Barberoux/Maxime Folco du team Bike Corner, une équipe solide et efficace tout au long du raid. A la 3e place du classement général, les marseillais du VC Gardanne Julien et Clément Desjardins complètent le podium. Le duo Arnaud Rapillard/Wegner Sonke prend la 4e place devant le duo belge Danny Sleeckx et Vincent Mayvis. Chez les dames, très nette victoire d’Estelle Morel et Ilona Chavaillaz devant le duo suisse Stefanie Zahno/Evelyn Trepte et l’équipe Valérie Ducommun/Stéphanie Juan. Enfin, en catégorie mixte, victoire de Vincent Arnaud/Camille Udny devant les suisses Daniel Ribotel/Marinette Martin qui remportent cette dernière étape et… la Breizh Team de Jérôme Le Parc et Anaïs Grimault qui conserve sa place  sur le podium final pour 3 minutes. De notre côté, malgré tout nos efforts, on ne pourra faire mieux que la 5e place finale.

Que dire de cette somptueuse édition : une aventure humaine incroyable avec une équipière exemplaire, un raid VTT d’exception dans un décor paradisiaque avec des traces toujours plus belles et surprenantes que l’on (re)découvre chaque année, des repas aux produits locaux provenant de petits producteurs et préparés sur place, une vraie fête dans une ambiance hyper conviviale avec comme impression de passer un week-end dans une grande famille. C’est juste une épreuve qui mérite très largement son énorme engouement, devenant même un événement incontournable dans le calendrier VTT national.

Rendez-vous en 2023 lors du week-end de l’Ascension (du 18 au 21 mai) pour une édition anniversaire car ce sera la vingtième ! Nous avons déjà pris rendez-vous, et vous ?

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