L’électrique en marche

Un coureur du Sud-Ouest fait le buzz en ce début de semaine en démontrant que l’on peut gagner une course de 3e catégorie avec un vélo à assistance électrique. Une formidable avancée aussi bien pour les pratiquants que pour l’industrie du vélo et ses géniaux inventeurs (sic).

Le vélo électrique est à la mode, et pas seulement parce que l’aide gouvernementale pour l’acquisition de ce type de machine afin d’encourager les déplacements alternatifs prend fin en décembre de cette année. «J’ai utilisé un vélo avec un moteur parce que j’ai été victime d’une hernie discale au mois de mars et que je n’ai pas fait de vélo pendant trois mois, a expliqué le coureur de 43 ans du club de Mussidan sur francebleu.fr. J’ai essayé de reprendre la compétition mais j’ai eu du mal à cause d’une sciatique dans la jambe droite. Je l’ai fait pour avoir moins de mal en fin de course Le vélo électrique comme remède au mal de jambes ? Une piste à explorer pour les instances du cyclisme international, qui envisagent sérieusement de créer un circuit de compétitions parallèles, à l’image de ce qui se fait à VTT où le vélo à assistance est parfaitement entré dans les moeurs. «Nous avons déjà commencé les tests depuis plusieurs années mais en secret, confie un des dirigeants. Comment croyez-vous que certains champions puissent rééditer à ce point un tel niveau de performance sans l’aide d’un moteur? Nous préférons garder la main car nous ne voudrions pas que la fédération de motocyclisme s’empare du phénomène Cette évolution est en tout cas suivie de près par les fabricants, qui non contents de proposer des assistances efficaces peuvent maintenant se lâcher en matière d’intégration. C’est génial pour le renouvellement du marché, à l’instar de cette fabuleuse révolution qu’est le frein à disque. Encore une évolution technologique apportée par le VTT et qui bouscule un milieu de la route longtemps sclérosé.

L’idée n’est pourtant pas nouvelle. Pour preuve, ce reportage de 1979. Quelques inventeurs géniaux ont depuis lors fait preuve d’imagination pour rendre les systèmes de plus en plus invisibles.

Certaines marques emboîtent le pas en cette fin d’année 2017, en proposant des vélos homologués qui ressemblent à s’y méprendre à des vélos de course. D’ailleurs, ne parle-t-on pas de vélos de course électriques ?

«Je comprends que les coureurs contre qui j’ai couru soient mécontents, reprend le coureur de Mussidan toujours sur francebleu.fr. Je n’ai pas vendu de drogue ni tué un enfant, j’ai mis un moteur dans mon vélo. (…) Je ne suis pas le seul à le faire.» conclut-il en indiquant que le site auprès duquel il a acheté le moteur en vend 20 à 30 par mois. Héros malgré lui et star des réseaux sociaux depuis dimanche, il ne fait que suivre le chemin de la Belge Femke Van den Driessche en janvier 2016 et d’un cyclo italien de 53 ans en juillet 2017, premiers compétiteurs officiellement repérés avec un vélo à assistance électrique. Les premiers d’une longue liste de nouveaux pratiquants qui vont bientôt pouvoir lutter à armes égales avec des coureurs naturellement plus doués qu’eux ?

Un cauchemar

Stoooop ! Tout ce que vous venez de lire n’est qu’un cauchemar… Ou presque.

Triste dimanche à Saint-Michel-de-Double en Dordogne en ce 1er octobre. Des caméras de France TV, des représentants de l’AFLD et des gendarmes se sont invités sur une course de 3e catégorie/Juniors/Pass Cyclisme FFC, pour voir évoluer un maigre peloton de 16 coureurs sous une pluie fine. Ils sont venus là pour suivre et interpeller un coureur en particulier, qui aurait fait quelques misères à ses adversaires depuis quelques semaines. Et ils trouvent ce qu’ils sont venus chercher. Un moteur dissimulé dans le cadre, alimenté par une batterie cachée dans un bidon noir, duquel sort un fil discret. C’est alertées par quelques adversaires écoeurés que les instances ont décidé d’agir. Et si les déclarations de ce tricheur pas malin sur francebleu sont bien vraies, l’AFLD, la gendarmerie et bien sûr la FFC entendent bien lutter contre ce type de fraude, aidés en cela par le délit de « fraude sportive » qui existe depuis 2012 dans le Code pénal français. Par le biais d’un communiqué, la FFC précise que «ce qui vient de se passer conforte la FFC dans l’idée de développer ces contrôles dans toutes les régions et de l’étendre à l’ensemble du cyclisme amateur.» Par ailleurs, elle indique que «La FFC étant consciente qu’elle ne peut, seule, lutter contre ce risque majeur de fraude, elle en appelle tant au Ministère des Sports qu’à l’Union Cycliste Internationale (UCI), afin qu’un plan d’envergure puisse être élaboré et décliné aussi bien vers le haut niveau et surement prioritairement, vers le cyclisme amateur. Il en va de la crédibilité de tout un sport et de son avenir.»

Une crédibilité mise à mal par plusieurs facteurs : des moyens de détection mis en place par l’UCI manifestement insuffisants pour le très haut niveau (même si nous peinons à croire que ce type de tricherie soit vraiment possible à ce niveau de compétition), des adeptes de la théorie du complot qui font tourner en boucle des vidéos censées démontrer la supercherie sur les réseaux sociaux, mais surtout la position ambigüe des ingénieurs non pas géniaux mais véreux qui inventent ces systèmes et de certaines marques qui parlent de « vélos de course électriques », laissant supposer qu’un vélo de course peut aussi être assisté. 

Et qu’importe si c’est le chemin pris par un type de pratique en tout-terrain. Le VTT n’est pas la route. Il peut être vu uniquement pour son côté ludique et le pilotage. On ne fait pas de la route pour la même raison.

Nous, on veut des cyclistes sportifs qui ne pédalent qu’à la force de leurs mollets, que ce soit sur des courses, des cyclosportives ou des sorties entre potes, ou qu’ils s’affichent clairement avec des vélos laissant apparaitre le système d’assistance (motorisation, batterie, etc…) et respectant la loi avec une coupure à 25 km/h. 

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