Allroad

The Malteni Gravel Bootleggers, vécu de l’intérieur !

LES FLANDRES, C’EST PAS TENDRE…

Après s’être plongé l’été dernier, avec la French Divide, dans cette discipline qu’est le Bikepacking sur le principe de l’ultra distance sans assistance, nous voici sur une nouvelle épreuve du genre mais sur une seule et longue journée cette fois : La Malteni Gravel Bootleggers.

Par Philippe Trochon – Photos : Matthieu Poussou

Cette épreuve a été organisée par Alexandre Voisine, William Lanigan et Clément Stawicki. Les 2 premiers cités, jeunes quadragénaires, sont collègues de travail chez B’TWIN au siège de la marque à Lille depuis 1999 – William ingénieur et Alex designer – tous deux passionnés de vélos depuis leur jeunesse. Clément est lui venu se greffer, plus jeune (32 ans) car c’est un coureur français emblématique en bikepacking et ultracycling (sponsorisé par Malteni, Bombtrack et Apidura). « C’est aussi un bon copain avec lequel William et moi-même avons traversé la phase pionnière du pignon fixe et du Gravel/UltraCX ici dans le Nord et on peut dire aussi en France il y a maintenant 6 ans » nous raconte Alex Voisine.

Le nom de l’épreuve vient de la bière Malteni, créée il y a quelques années pour proposer aux clients de Malteni Travel (ex Pavé Cycling Classics) de pouvoir s’hydrater avec une bonne bière belge bio et artisanale. « On admet qu’au début, c’était une blague, et puis, le bouche à oreille dans la communauté cycliste a fait le reste » précise Alex.

VELOCHANNEL.COM : Comment l’idée d’une telle épreuve est née ?
Alex Voisine : On a l’idée de faire une épreuve de ce type depuis un paquet d’années. Au début, le gravel / Ultra CX n’existant pas, on voulait faire une course qui prenait toutes les zones pavées du Nord et il y en a beaucoup qui ne sont pas utilisées par le Paris Roubaix. Puis après s’être pris de passion pour l’Ultra CX avec des vélos bidouillés, notre passé de vététiste nous a fait mixer les meilleurs spots de VTT avec notre gros intérêt pour les classiques flandriennes comme Paris Roubaix, le Tour des Flandres, etc. On est convaincu depuis longtemps que le meilleur vélo pour rouler ici est un gravel / Ultra CX. Pas de suspension, des pneus pas trop gros, un cintre courbé, des disques et c’est parti !
J’ai parlé de cette idée de course à William en lui montrant une ébauche de parcours il y a 8 ou 9 mois, avec départ et arrivée à la brasserie Brunehaut. On était tout de suite hyper motivés et Clem nous a rejoint avec plaisir. Nous n’avons lancé les inscriptions que le 1er janvier 2017 donc tout est allé très vite. On a même été surpris par le succès des enregistrements.

La course…

En effet, en partant à partir de 6h00 du matin par paquet de 3 coureurs toutes les minutes trente depuis Rongy (BE), plus précisément à la Brasserie de Brunehaut, je me suis élancé sur cette épreuve inédite, avec une poignée de concurrents dont pas mal rencontrés l’été dernier durant la French Divide, y compris le « vainqueur » Ben Steurbaut, mais aussi un des 3 organisateurs, Samuel Becuwe et une des rares féminines engagées sur l’épreuve, Sophie Brohard, de nouveau presque seule ici sur cette Malteni Gravel Bootleggers puisqu’avec Patricia Berthelier, elles ne seront que 2 femmes bien courageuses à battre le pavé. On note une omniprésence des coureurs belges, bien plus familiarisés avec ce type d’évènements que nous, et cela ce constatera d’ailleurs dans les résultats (…).

Cette épreuve, parlons en un peu plus en détail. Au menu, 245km de beau vélo et 1700m de D+ sur les monts des flandres, les voies pavées, les terrils, les pâturages et les jolies forêts de nos deux pays réunis, la France et la Belgique. Quelques flèches pour éviter le « jardinage » dans les quelques zones délicates, tout le reste se fera au GPS en suivant la trace fournie par l’organisation quelques jours avant l’épreuve.
Après un départ prudent à 6h10 avec 1 seul petit degré au thermomètre, nous appliquons un tempo régulier dès les premiers hectomètres avec mon copain de route Benjamin Gélabert, nous reprendrons assez vite plusieurs concurrents, puis des petits groupes déjà formés après quelques kilomètres.

Les kilomètres défilent, nous enchainons de nuit, un peu de route, des traversées de villages, de grands chemins à travers champs et suivons le chemin de halage au bord du canal de l’Escaut en direction de Tournai. Puis le jour se levant, nous attaquons à travers la campagne profonde, un peu seuls au monde, les ascensions mythiques comme le Paterberg puis le Koppenberg sur le pavé irrégulier et encore un peu humide de la nuit. On se dépasse, on papote, on admire le paysage s’éclaircir minute après minute. La brume épaisse est restée dans le fond de la vallée, ce qui nous donne des points de vues assez mystiques et néanmoins époustouflants qui resterons je crois, gravés dans la mémoire de ceux qui se sont lancés dans cette première édition.



Viendra une portion du parcours plus forestière, avec l’entame du Parc Naturel Régional Scarpe-Escaut ou le soleil finira par réchauffer mes pieds gelés que mon organisme n’aura su gérer pendant le début de l’épreuve, occasionnant un surplus de consommation d’énergie suivi bien évidemment de la fameuse « croustille » ! Ou fringale si vous préférez… Ca tombe bien, on venait de rouler avec Samuel Becuwe parti 9 minutes avant nous et c’est l’heure du ravito de mi-parcours (125km derrière nous, déjà !). J’en profite pour manger salé, sucré et boire, même si c’est trop tard et que je ne fais que limiter la casse en procédant de cette manière. Je laisse alors filer Sam et Benji pour profiter d’une vraie coupure de cinq bonnes minutes avant de me remettre en selle, seul.
Nous arpenterons ensuite une zone un peu dépaysante, composé d’un sol de type lunaire une végétation moins dense mais verdoyante ponctué de quelques trous d’eau et une faune omniprésente, il s’agit du Terril du Lavoir Rousseau, ancienne mine de charbon, typique du nord, que nous gravirons avant de jouer sur le sommet sur ces petits singles tracks tortueux puis de redescendre et s’écarter par de beaux sentiers sauvages à travers bois.

Un peu plus loin, au kilomètre 185, les secteurs pavé commencent en rejoignant la trouée d’Arremberg, célèbre secteur pavé du Paris-Roubaix, emprunté ce jour là par le Paris-Roubaix Challenge, la cyclosportive organisée par ASO, et les concurrents, plutôt en fond de peloton que nous côtoyons l’espace d’un secteur pavé et quelques hectomètres de route avant de les quitter pour emprunter un chemin et de les rejoindre au secteur pavé suivant. Au début, un zeste d’adrénaline (ou de zèle…) nous donne des ailes, nous voilà sur le haut du pavé, au centre de la chaussée à essayer de tenir le 30km/h pour ne pas trop se faire secouer le cocotier… Ca passera assez bien sur les 3 premiers secteurs, mais bon, la fraîcheur des premiers kilomètres n’est plus là et il faut se rendre à l’évidence, je vais devoir finir sur les bords à chercher la moindre portion sans pavés pour garder ma vitesse, plus faible, mais l’important reste la progression dans le bon sens dans ce type de situation…

Kilomètre 212, nous voilà, non sans mal au dernier ravitaillement de la Malteni Gravel Bootleggers, avec toujours une équipe au top et de quoi grignoter mais surtout de faire le plein des bidons après s’être fait pointer sur notre petit carton et s’assurer que tout le monde passe bien aux points de contrôles, mais aussi à l’abordage d’une petite boucle comportant le dernier « vrai » secteur pavé, bien connu sous le nom du « secteur de l’arbre » et son fameux carrefour…
On repasse devant le ravito, un petit coucou et me voilà avec de nouvelles jambes, à 40km de la Brasserie de Brunehaut ou nous attendent déjà les plus rapides, les organisateurs et la bonne bière salvatrice de ce véritable « enfer du Nord »… De longs chemins un peu cassants, des villages, quelques faux plats et toujours un vent peu violent mais quand même bien présent, un dernier secteur pavé sous la forêt de Brunehaut pour nous ramener à l’arrivée avec le sourire d’en avoir enfin terminé avec cette longue épreuve, l’ambiance est excellente, un peu de peine à réaliser que c’était terminé.

Et puis les plus belles images sont presque instantanément revenues, bien aidé par les récits de course de chacun partagés, tous souriants en cette fin de journée ensoleillée.

L’heure du bilan à sonné, Alex Voisine nous donne son ressenti :
« On peut vraiment dire que la première édition de la Malteni Gravel Bootleggers a été un succès… Nous avons reçu tellement de retours positifs après l’arrivée, c’est vraiment gratifiant ! Les bootleggers ont adoré la variété du parcours, l’aspect convivial dû à la limitation du nombre de participants (75) et en plus il a fait un temps parfait – quoique un peu frais et dangereux à cause du brouillard tôt le matin. D’ailleurs nous allons envoyer un questionnaire aux participants car on aimerait cerner quelques points à améliorer. Quelques coureurs sont venus nous voir pour nous dire que c’était le plus beau jour de leur vie sur un vélo ! Et beaucoup pour nous dire que ce fût le plus dur aussi ! Nous sommes impressionnés par les performances de la tête de course. On tablait sur environ 11h pour le vainqueur mais avec 9h44min pour Philippe Van Hemelen suivi par Ben Steurbaut et Bruno Naessens tous en moins de 10h, on peut dire que des spécialistes de la discipline sont nés ! Epatés aussi du faible taux d’abandon, seulement une dizaine. Bravo à Sophie Brohard de s’être accrochée pour finir en 15h37min. C’est ça l’esprit qu’on adore. »

Très souriant (comme toujours) et fier de cette réussite, Alex rajoute : « L’édition 2018 aura donc forcément lieu après un succès pareil. Devenir un bootlegger sera toujours aussi compliqué, on nous a demandé de ne surtout pas rendre plus accessible le tracé. Etre finisher se mérite ! On veut aussi garder convivial l’esprit donc pas question d’ouvrir à beaucoup plus de participants. Par contre, il sera sûrement plus sûr de faire une trace GPS alternative en cas de très mauvais temps, car certains passages seraient très boueux… On aimerait bien inviter une pointure du vélo, un Thomas Frischknecht par exemple pour rendre la course encore plus attractive. Et bien sûr continuer à supporter une association en reversant nos bénéfices – cette année pour World Bicycle Relief  (association caritative récoltant des fonds pour équiper de vélos les pays comme le Sri Lanka après le passage du Tsunami en 2004, au Zambie pour aider le pays à combattre les ravages du SIDA en améliorant la locomotion des médecins et des gens afin qu’ils puissent accéder aux soins, ou encore bien d’autres cas)« .

D’autres projets en tête ? « On en a tellement tout le temps mais entre nos vrais boulots, la famille, etc. ce n’est pas toujours facile. Nous avons « signé » un partenariat avec l’organisation de l’évènement gravel « La Résistance » en septembre à Talloires, on a hâte de découvrir ce coin… Pour le reste, on a un an pour bien peaufiner les petites modifications de parcours de l’édition 2018, développer en local la bière Malteni avec un plus qui est la livraison de nos bières en cargo bike, quelques nouveaux goodies et peut être bien plus ! »

De mon côté, forcément séduit par l’ambiance chaleureuse et décontractée qui réunit à mon sens ceux qui s’intéressent à l’essence même du vélo, séduit aussi par la variété et la difficulté du parcours, l’organisation simple mais sans défauts et la bière Malteni contenu dans le pack d’inscription du coureur.
Le coût d’inscription s’élevant à 50€, j’ai jugé cela de « bon prix », compte tenu de la part importante reversée à World Bicycle Relief, des suffisamment nombreux ravitos fournis et garnis, la bière pendant le briefing et à l’arrivée, la distance et la difficulté de la trace. Bravo et merci aux organisateurs !

THE MALTENI GRAVEL BOOTLEGGERS – LIENS UTILES
– Trace GPS du parcours : www.openrunner.com/?id=7106516
– Résultats complets : Résultats Malteni Gravel Bootleggers édition 1
– Malteni Beer, Malteni Travel, Malteni Gravel Bootleggers : www.maltenibeer.com
– World Bicycle Relief : https://worldbicyclerelief.org
– Bike Check : Le Cyfac Malteni d’Alex Voisine
– Trip Cargo : Lille – Volvic, 3 jours sur un cargo de Malteni !

 

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2 Commentaires

  1. Gargouillou

    19 avril 2017 at 5:21

    Merci pour ce superbe compte rendu faisant la part belle à ce qui me semble être l’esprit d’une telle épreuve 👍

  2. Valexnico

    19 avril 2017 at 7:03

    Super reportage qui donne envie de venir au gravel tout comme le decrit si bien patricia .j espere pourvoir m en offrir un et si tel est le cas je serai present en 2018

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