24H Solo Finale Ligure 2017

Mon premier 24H Solo

L’aventure s’est lancée au dernier moment malgré le fait que c’était un challenge qui me trottait dans un coin de la tête depuis plusieurs années maintenant, comme je l’expliquais précédemment, après plusieurs participations par équipe. Ceux qui avaient effectué ces mythiques 24h of Finale en solo sous mes yeux ébahis à l’époque avaient en même temps permis de faire germer l’idée de ce défi de mon côté…

Par Philippe Trochon – Photos : Francesco Bartoli Avveduti/24HFINALE.COM et Sportograf

Le calendrier cette année me laissait à partir de début mai une période légèrement creuse où seul du vélo « plaisir » avec les copains allait m’occuper. C’est alors que je décide de contacter Riccardo Negro, l’organisateur des 24H de Finale Ligure, afin de savoir si il restait une place de libre pour ces 24h VTT Solo. Cette année, cette épreuve sert de nouveau de support pour les Championnats du Monde de la discipline, sous l’égide de la WEMBO (World Endurance Mountain Bike Organisation), fondation née en 2011 et qui a organisé ses premiers mondiaux à Finale Ligure justement. On y revient donc, comme une sorte de pèlerinage indique Russell Baker, Président et créateur de la WEMBO. Quelques heures plus tard, banco, réponse favorable de Riccardo qui fait en sorte que mon inscription soit vite enregistrée et officialisée. Les emails d’informations sont bien clairs et explicatifs, en anglais et en italien.

Il ne me reste alors plus qu’à m’organiser avec bien loin de moi l’idée de m’entrainer pour cette course si peu de temps avant l’échéance. A moins d’une semaine de prendre la route, véhicule trouvé ainsi que l’indispensable poignée de copains pour me constituer un « Staff Crew ». Départ le mercredi soir à 19h30, nous roulons de nuit afin d’éviter les bouchons et les éventuelles chaleurs qui pourraient nous fatiguer 24 heures avant la course. 15 heures plus tard, nous voilà à Finale Ligure, pour rappel situé non loin de la frontière française en suivant la côte après Monaco et Menton, pile entre San Remo et Gênes.
Le décor est là, il n’a pas bougé, la mer est bleue turquoise, je suis toujours émerveillé par ces petits villages méditerranéens contenant des vestiges de ruines romaines et des habitations aux murs orangés, appuyés sur ces falaises montagneuses abruptes qui mènent sur les crêtes et les plateaux montagneux juste au dessus.

Après une vingtaine de minutes à escalader les petites routes sinueuses qui mènent de la ville jusqu’au site des 24 heures avec notre camion, nous voilà enfin arrivés. Aussitôt, avec le nom d’équipe, on nous dirige vers la zone des stands et de campement spécialement dédiée pour les solos et duos. Le circuit serpente à travers pour faciliter le suivi et le ravitaillement pendant la course. Tout est là, une petite tonnelle blanche avec une grande table et 2 bancs à la disposition de chaque équipe, avec un branchement électrique pour 2 équipes. Nous sommes jeudi midi, je file récupérer ma plaque de course, la puce de chronométrage et le pack de dotation fourni.

Concernant les catégories, il y a Elite ou Amateur (par catégories d’âges). Le titre Elite et les primes attribuées dans cette catégorie ne peuvent pas revenir à un amateur, même si il l’emporte devant un Elite. Pour mon premier 24h solo, je m’inscris humblement en catégorie d’âge 30-34 ans et laisserais les spécialistes en découdre en nous épatant de leur rapport vitesse/résistance au sommeil.
Un plat de pâtes et quelques minutes plus tard, il est temps de se dégourdir les jambes sur le vélo et de reprendre ses marques sur ce joli circuit qui accueillera plus de 300 pilotes pour ces mondiaux 24h, venant de tous continents et de 27 pays différents. A noter que nous ne sommes que 8 français engagés, dont 1 seul en classe Elite, le spécialiste de la discipline Joachim Mendler.
Il fait beau, le circuit est encore un peu sauvage, le sol encore peu marqué par les passages et les descentes pas encore détruites sur les zones de freinage.
Avec mes 2 compères qui forment une partie de mon staff, on se régale sur les vélos et sur ce tracé de 10km offrant 350m de dénivelé positif par tour, qu’ils découvrent totalement, comme les merveilleux points de vues qu’il offre d’ailleurs. Je ne ferais qu’un tour, et passerais le reste de la soirée au repos, afin de garder un peu d’énergie pour le lendemain.

Vendredi matin, H-2 :

L’heure du briefing, l’organisateur nous explique les règles simples et précise qu’il est heureux que nous soyons là pour partager de moment de vélo dans un milieu que nous aimons et respectons tous : LA NATURE. On comprends alors vite la philosophie de la WEMBO et de Riccardo, président de l’ASD Blu Bike, association organisatrice de ce rendez-vous annuel.

Je file ensuite me préparer au campement et rejoins la zone de départ pour positionner mon vélo dans le paddock (façon triathlon) et regarderais la trentaine d’Elites ainsi que les Singlespeed s’élancer quelques minutes avant nous, dont Jason English, 5 fois titré en Elite dans la discipline. La procédure est simple, nous partons en courant pour 500m de circuit qui raccorde les 100 premiers et 400 derniers mètres du parcours, afin de nous ramener vers la zone d’arrivée et le paddock coureurs où se trouvent nos vélos, pour enfourcher la bête et partir sur le circuit. Nous passerons d’ailleurs devant la scène à chaque tour, là où s’enchaineront plusieurs concerts pour animer ce long week-end.

3, 2, 1 PAN !

Ca part vite, les spectateurs sont complètement euphoriques sur le bord du circuit, je me laisse porter. J’ai choisi de courir en chaussures de vélo compte tenu de la faible distance à parcourir, convaincu de ne pas perdre autant que si j’avais un changement de chaussures trail/vélo à effectuer dans le paddock.
En sortant de l’aire de départ je suis dans les 30 premiers et je compte bien me dégager un peu pour éviter les bouchons et être libre sur le vélo. Je me faufile vite et suis assez à l’aise dans la remontée, je reviens vite dans le top 10 alors que nous sommes maintenant à la file indienne dans les singletracks du retour. Je continue de doubler en visant le trio de tête quelques encablures devant moi et me place en 4e position. Je suis bien et ne compte pas forcer plus, ils ont environ 40m d’avance et je sais que je serais plus à l’aise sur le vélo. La transition pied / VTT s’effectue correctement et je m’élance donc dans ce top 5 Scratch de la course amateur, soulagé de ne plus avoir à courir ce qui n’est pas ma spécialité. On reviendra assez rapidement sur les derniers Elites et courageux Singlespeeders créant tout de même une sorte de trafic léger sur ce parcours technique et sinueux.
Je me sens à l’aise et boucle 5 tours avec une seule pause de quelques minutes avant de m’arrêter manger vers 14h00 et… toujours pas de classement officiel ! Dommage, c’est important pour trouver de la motivation et arriver à calquer sa course sur celles de ceux qui ont l’expérience que je n’ai pas du tout. Tant pis, je roule au feeling.
L’organisation toujours au top place des points de pointage chrono intermédiaires un peu partout, souvent accompagnés d’une tente avec des secouristes et des pleins cartons de petites bouteilles d’eau. Bien pensé.

Je fais une première nouvelle pause dans l’après-midi, lubrification de la chaine, détente, souffle et je repars jusqu’à 19h00. Jusque là, j’ai maintenu un ryhtme assez soutenu, sans être à fond, mes chronos sont d’ailleurs assez réguliers. Je prends un plaisir monstre sur ce parcours où il faut littéralement piloter sur 80% du tracé à travers bois ou dans les sentiers à découvert sur les crêtes montagneuses qui surplombent la Méditerranée, le régal. Chaque tour permet d’affiner les trajectoires, on retarde le freinage et l’on assouplit le pilotage pour aller vite tout en économisant de l’énergie puis les ascensions se font au train, tout sur le vélo, même la longue montée de fin de parcours qui remonte une sorte de petit canyon asséché sur lequel de petits paliers de rochers sont à franchir tout en slalomant à travers les vététistes qui montent à pied. Je doute d’ailleurs à ce moment là de ma capacité à pouvoir la franchir sur le vélo durant 24 heures de course et ça devient à ce moment là un challenge personnel.

Oui mais voilà, il a fait très chaud toute la journée et il semble que mon rythme est tout de même trop soutenu, je sens clairement que je deviens faible et vais devoir m’arrêter plus tôt que prévu pour manger et me reposer. Dans les stands, je sens clairement qu’il faut que je me repose, la fatigue de la semaine et du trajet en sont peut être la cause, peu importe, je dois d’abord préserver ma santé et limiter la casse. Pause sommeil anticipée, 3h à dormir pour repartir de nuit. La nuit justement, dans la descente mythique « El Tobbogga » qui contourne l’aire de campement, des barrières sont installées pour accueillir la foule en masse. Un DJset est programmé pour la soirée et la bière offerte à volonté. Ambiance garantie !

Tout semble aller mieux, j’enfile 4 tours sans sourciller, les éclairages Ravemen de test font un super boulot et les classements enfin affichés montrent qu’avant la pause sommeil j’étais 4e dans le même tour que le 3e mais que j’ai dégringolé à la 13e position : « Ah bah ils ont du oublier de dormir eux…« . Petite pause détente de 5mn, changement de bidon, lubrification de la chaine et c’est reparti pour 3 tours de nuit, jusqu’au lever du soleil, moment toujours apprécié sure ce type d’épreuve. On part rouler dans la nuit noire, la luminosité augmente toutes les minutes et quand le tour est bouclé il fait jour.

Lors de cette dernière pause, je ressens alors de nouveau arriver la fatigue à grand pas, je décide d’anticiper et de faire une sieste pour finir sous les chapeaux de roues et avoir suffisamment de ressources pour aller chercher une place de mieux si l’occasion se présentait. Oui mais, la fatigue m’a vraiment cassé et la sieste s’est un peu prolongée ! Heureusement, ma compagne et Mathieu qui me soutiennent sont là pour me secouer et me remotiver. Je remonte péniblement sur le vélo grâce à eux. Après quelques minutes, les jambes et le souffle reviennent, je suis de nouveau lancé. Les 2 derniers tours sont bouclés à bonne allure me permettant de finir mes premiers 24h solo à la 7e place dans ce championnat du monde Master 30-34 ans amateur avec 23 tours en 17 heures de pédalage environ.

Alors, évidemment, on peut toujours faire mieux, mais je suis heureux d’avoir été au bout, d’avoir eu le support de ma famille, de mes amis et de mon super staff. J’ai de nouveau beaucoup appris et serais prêt à tenter de nouveau l’expérience quand elle se présentera.


Côté Elite, l’australien Jason English (Pivot Jetblack Fizo Team) favori avec ses 5 titres acquis, a été battu. Le canadien, Cory Wallace (Kona Factory Team) l’emporte avec 1 tour d’avance. Et alors attention pour les statistiques : 38 tours parcourus, soit 380km et 23h48 sur la selle… sans pause ! Voici ses impressions :
Je viens du hockey sur glace, où le grondement des spectateurs sont très importants. Rouler ici, à Finale Ligure, c’est vraiment palpitant, sentir l’enthousiasme des gens le long du parcours ajoute une solide motivation. J’ai pris un départ prudent jusqu’à ce que la température ambiante baisse, afin de trouver mon tempo. Les jambes étaient bonnes, dès que j’ai aperçu quelques nuages arriver puis une fois la nuit tombée, je suis passé à l’attaque et j’ai pu imposer ma vitesse. »

Notre français engagé en Elite, Joachim Mendler n’aura malheureusement pas pu défendre ses chances de podium, comme en Australie l’année précédente, le stress l’ayant envahi peu après le départ et provoquant quelques problèmes d’estomac alors qu’il était parfaitement lancé en tête de la course avec Jason English.
Il s’est cependant accroché jusqu’au bout, parcourant 31 tours et finissant à la 13e place Elite.

Avec 32 tours au compteur, côté Femme Elite, l’Italienne Gaia Ravaioli n’a pas démérité et devient par la même occasion la première italienne championne du monde 24h Solo Elite.

Même nombre de tours pour l’anglais Steve Day qui l’emporte en catégorie Singlespeed. Impressionnant.


Un week-end parfaitement clôturé, une organisation rondement menée comme chaque année avec son service de restauration sur place, ses concerts et quelques exposants, douches et toilettes à disposition, des italiens survoltés dans le Tobogga et un vrai circuit de VTT toujours au top, il ne me restait plus qu’à plonger dans la Méditerranée et profiter du centre ville et de ses petits restaurants typiques italiens avant de rentrer. Seul bémol, toujours ce chronométrage à améliorer, car malgré les puces individuelles sur chaque coureur et les pointages intermédiaires, l’affichage papier tarde chaque année avant d’être affiché (presque à la mi-course !?) alors qu’un affichage numérique en temps réel sur écran serait largement possible.

Infos : www.24hfinale.com



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