Test du Pinarello Gan

Valeur sûre

Directement dérivé des gênes des fameux Dogma F8 et F10, le Pinarello Gan est plus accessible physiquement et financièrement. Tout en conservant un air de famille aussi bien esthétique que dans le comportement. Zoom sur un vélo dont le rapport prix-équipement peu favorable cache en réalité un potentiel de très bon niveau.

Au premier abord, le Pinarello Gan n’est pas un vélo bien placé face à la concurrence : à 2700 € avec un équipement fiable et fonctionnel mais un peu lourd en Shimano 105 ou en Campagnolo Veloce, il doit composer face à d’autres vélos en Shimano Ultegra et même avec des roues plus dynamiques que les Fulcrum Racing 7 dans la même gamme de prix. Mais la marque italienne fait un autre pari, avec un kit cadre très évolué qui dérive directement du haut de gamme Dogma. Cependant, si les lignes et la géométrie semblent très proches, un autre moule est utilisé pour la fabrication du Gan. La forme des tubes diffère quelque peu, notamment au niveau du tube diagonal, avec un profil aérodynamique légèrement moins prononcé que sur le F8, par exemple au niveau de l’emplacement du porte-bidon. Il s’agit donc d’un moule spécifique (alors qu’on aurait pu imaginer une économie d’échelle avec le moule du F8), de fibres de carbone T600 alors qu’on trouve de la T1100 sur le F8 et le F10, et toujours en 14 tailles, et 11 couleurs, ce qui est totalement inédit à ce niveau de gamme !

Air de famille

Passons sur les couleurs, mais arrêtons-nous sur la géométrie justement. Le nombre de tailles disponibles pour le Gan est exceptionnel, surtout quand on sait que la plupart des concurrents se limitent à cinq, quatre ou voire trois tailles pour des machines destinées à prendre du plaisir en enchaînant les kilomètres tous les week end. C’est l’assurance de trouver chaussure à son pied, aussi bien en termes de positionnement que d’équilibre et de tenue de route. En plus des 10 tailles qui reprennent la géométrie compétition de Pinarello, le Gan bénéficie de quatre tailles supplémentaires Easy Fit avec une géométrie typée « confort »: la douille de direction est légèrement plus haute et le tube supérieur légèrement plus court.

Pour le reste, un Gan est avant tout un Pinarello, avec un feeling sur la route toujours identique, quel que soit le modèle de la gamme : une rigidité latérale cohérente entre l’avant et l’arrière du vélo (sans partie qui se dérobe), une certaine inertie qui se manifeste par une conservation aisée de la vitesse acquise sur le plat et en faux plat, une partie avant ferme et sécurisante qui assure une excellente tenue de route à très haute vitesse, et un comportement légèrement sous-vireur dans les courbes serrées.

Lignes efficaces et séduisantes

Le composite en fibres de carbone japonaises Torayca T600 est défini par Pinarello comme étant plus solide ( carbone HR donc à « haute résistance ») mais moins raide, et forcément moins léger. Il suffit de presser le pouce sur les parois du tube diagonal ou sur les haubans pour constater moins de déformation que sur le F8, où les tubes sont vraiment très fins. Une caractéristique qui peut rassurer en cas de chute ou de mauvais traitement du vélo.

Le Gan dispose également d’une conception asymétrique, mais moins extreme que sur les deux modèles haut de gamme de la marque. Cela se traduit par une base arrière et un fourreau de fourche à gauche légèrement surdimensionnés par rapport à la partie droite par exemple, pour contrecarrer les effets du pédalage. Même s’il n’est pas aussi poussé qu’en haut de gamme (le F10 étant l’un des kits cadres les plus efficaces parmi les modèles pour la route), l’aérodynamisme est l’une des préoccupations majeures chez Pinarello. Le Gan bénéficie donc de fourreaux de fourche évasés, d’une douille de direction dessinée pour mieux pénétrer l’air (avec des roulements de 1 pouce 1/2 en bas et 1 pouce 1/8 en haut), d’une jonction tête de fourche/douille de direction/tube diagonal intégrée, de haubans surbaissés, d’une tige de selle profilée et de trois tubes principaux qui reprennent le concept Kamm Tail (avec des bords de fuite tronqués). Il est compatible Di2 ou EPS (ou eTap bien évidemment), dispose comme toujours chez Pinarello d’une boîte de pédalier avec des roulements externes en pas italien, et la finition est d’excellent niveau.

Haut potentiel

Avec un poids de 8,010 kg en taille 50 (sans pédales), le Pinarello Gan se situe dans la moyenne haute des vélos de cette gamme de prix (en dehors des vélos avec freins à disque). Avec pédales et porte-bidons, on arrive à 8,350 kg. Mais c’est davantage l’équipement qui est en cause que le cadre lui-même, que l’on peut estimer autour de 1100 g. Fonctionnel, le groupe Shimano 105 affiche bien 400 g de plus qu’un groupe haut de gamme. Il en est de même avec les roues Fulcrum Racing 7 (+350 g environ par rapport à des roues haut de gamme en alu à pneu), les pneus Vittoria Zaffiro Pro (+80 g), et le poste de pilotage Most Tiger et Xylon en aluminium (+80 à 100 g) par ailleurs esthétique et aux formes confortables. Ce qui laisse supposer de belles perspectives d’évolutions pour qui se sentirait parfaitement à son aise sur le Gan. C’est ce que nous avons pu vérifier lors de l’essai préalable d’un kit cadre Gan équipé d’un groupe Dura-Ace et de roues Fulcrum Racing 0. Avec ce montage, le Gan se montre certes un poil moins tendu et réactif qu’un F8, mais il est plutôt dynamique, et toujours aussi bien posé sur ses deux roues. Reste qu’il faut se satisfaire pour l’heure d’un Gan uniquement proposé à la vente à 2700 € avec le groupe 105 et les Racing 7.

Beau rouleur

Parfaitement stable en descente, rassurant lors des freinages appuyés et des changements de trajectoires, c’est sur les parcours roulants que le Gan s’exprime le mieux. Même si on se trouve limité par les développements proposés, et notamment le grand plateau de 50 dents, le vélo tient bien l’allure, notamment lorsqu’il faut effacer quelques faux plats. La différence de rigidité avec un haut de gamme est vraiment peu sensible, dès lors qu’on roule au train et qu’on n’est pas trop lourd. On en sent jamais le vélo se désunir lors d’une forte impulsion, que ce soit assis ou en danseuse. Dans les bosses avec un peu de braquet, le Gan parait même un poil plus facile qu’un F10. Non qu’il soit plus efficace, mais au moins pardonne-t-il un peu plus les erreurs de développement, permettant de pédaler un peu plus avec du couple. Dans les relances ou sur les pentes raides, il est un peu pénalisé par la lourdeur de sa direction : ce n’est pas une question de rigidité ou de géométrie comme expliqué plus haut, mais plutôt du poids des divers accessoires, comme le cintre, les poignées en avant du cintre, et la roue avant.

Dans le domaine du confort, le Gan profite des qualités de ses défauts : son poids conséquent lui évite de rebondir sur la route et ses roues à jantes basses en aluminium permettent d’épouser nombre d’imperfections du bitume. Le carbone HR lui confère également un comportement moins tendu qu’avec des fibres de très haut module, et de ce fait on ressent moins de résonance sur les vibrations qu’avec un haut de gamme Pinarello avec la même géométrie.

Pour qui ?

Avec le Gan, Pinarello ne choisit pas de s’adresser uniquement aux cyclosportifs occasionnels. D’abord la marque laisse le choix entre deux types de géométrie : une classique parfaitement adaptée au coureur ou au cycliste sportif, une autre plus confortable. Ensuite, le comportement du vélo le définit plutôt comme un « vélo de course en miniature », qui ne demande qu’à être upgradé pour se montrer encore plus performant. Bref, avec ce montage unique, le Gan est surtout un vélo évolutif et sûrement pas un Pinarello au rabais. Il est idéal pour découvrir l’univers de la marque, que ce soit pour débuter en compétition ou pour les sorties où l’on se tire la bourre entre amis.

Autres versions

Le Gan est aussi proposé en versions S ou RS, avec des fibres de carbone T700 ou T900, à chaque fois un poil plus légères et plus rigides. Les montages proposés sont plus haut de gamme. Mais le Gan est aussi disponible en version Disc, en version K-Disc (avec des bases et haubans qui apportent plus de flexion longitudinales) et en version GR Disc, plus spécifique pour une utilisation Gravel.

 

 

PINARELLO GAN

Les + : géométrie, couleurs, finition, stabilité
Les – : poids, rapport prix-équipement 

Cadre : carbone Torayca T600, asymétrique, compatible transmission mécanique ou électrique, boîtier pas italien
Fourche : System Onda 1 » 1/8 – 1 » 1/2
Dérailleurs : Shimano 105 ou Campagnolo Veloce
Leviers :
Shimano 105 ou Campagnolo Veloce
Cassette : Shimano 105 ou Campagnolo Veloce 11-28
Chaîne : Shimano 105 ou Campagnolo Veloce
Pédalier : Shimano 105 ou Campagnolo Veloce 50-34
Freins : Shimano 105 ou Campagnolo Veloce
Roues : Fulcrum Racing 7
Pneus : Vittoria Zaffiro Pro 700×25
Cintre : Most Xylon alu
Potence :
Most Tiger alu
Tige de selle : Pinarello
Selle : Fizik Antares
Poids :  8,010 kg sans pédales en taille 50 en Shimano 105
14 tailles 

 

Prix  : 2700 € (en Shimano ou en Campagnolo)

Contact : www.pinarello.com

 

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13 commentaires sur “Test du Pinarello Gan”

  1. Bonjour, est-ce que la potence est spécifique? Sur les photos, j’ai l’impression que le haut du tube de fourche est profilé et que la potence et les entretoises suivent cette forme.
    Cordialement, David.

    1. Bonjour,
      La potence et les bagues présentent une forme profilée sur l’arrière, mais elles se montent bien sûr sur un pivot cylindrique. Il est donc tout à fait possible de mettre des bagues et une potence classiques.

  2. Bonjour
    Toujours super interessants les tests, bravo.
    J’ai une question, quelle est votre gabarit? (Poids , taille, sortie selle)
    Avez vous une idee des differences avec le Gan s? (Poids, comportement)
    Merci, bonne continuation

    Mikael

    1. Bonjour,
      167, 57 kg, et sortie de selle de 687 mm. Le Gan S est un tout petit peu moins lourd, et logiquement un tout petit poil plus rigide. Impossible de vous fournir des données plus précises malheureusement, n’ayant pas testé ce modèle.

  3. je roule sur un Gan RS de 2016, donc la version précédente, toujours en carbone T900 mais en mailles tressées.
    Je fais 80kg pour 1,84m. Pas bourrin mais pédalage pas trés souple. Je n’ai jamais réussi à prendre le cadre en défaut. Le rapport rigidité/confort est excellent.
    Le F8 était trop cher pour moi et finalement ce cadre encore plus rigide aurait peut-être été pénalisant. C’est une erreur fréquente, vouloir le top sans avoir la caisse pour l’emmener !

    Comme je suis ravis du comportement de ce cadre, je vais juste parler des qlq défauts d’équipements :
    – le prix catalogue, mais parfois de trés bonnes affaires sur les modéles de l’année précédente.
    – le poids, 7.8 kg le RS en taille 57.5 + Campa chorus + Shamal ultra + Speedplay. C’est pas énorme non plus, mais certains font une fixation cet élément. Perso, j’habite pas à la montagne et avec mes 80kg, je les sens pas . A voir pour les petits gabarits.
    – la tige de selle reculée. Ma selle est quasiment avancée à son max. C’est pas top et pas trés beau. Sur les photos que je vois sur le net, c’est presque toujours le cas. De par sa forme, pas de choix chez d’autres fabricants. Je pense que ça peut être un vrai probléme pour la personne qui veut en faire un vélo de CLM avec la position typique trés avancée.
    – la potence profilée. Elle apporte un vrai plus à l’esthétique du vélo mais comme la tige de selle, pas de choix, seul Most en propose.

    stéf.

  4. Bonjour,
    Un bon test bien réalisé. Pouvez vous me dire si le gan à le même comportement (bosse, montagne et plat) qu’un tarmac élite qui je pense, se trouve dans la même catégorie.
    Je mesure 1,88 m et pèse 75 kg.

    Merci d’avance,

    Vinc.

    1. Bonjour,
      Le Gan est sans doute un peu plus à l’aise sur le plat, car plus aéro. A voir ensuite le comportement dans les bosses, en fonction du rapport prix-équipement, car le Gan dispose par exemple de roues assez lourdes dans cette configuration.

  5. Quel est le modèle gan qui se rapproche le plus au point de vue comportement des anciens FP4 voire paris que je possède actuellement.
    Je suis sur l’achat d’un cadre gan RS que j’équiperais en sram etap et roues corima carbone. Je placerais le cintre monobloc carbone de chez most. Qu’en pensez-vous? Merci de votre aide.

    1. Bonjour,
      Le Gan RS est très proche d’un Dogma, aussi bien en termes de conception que de qualité de carbone. On peut l’imaginer aussi polyvalent, et seulement un peu moins rigide. Difficile de le comparer à un FP4 que nous n’avons pas essayé, par contre effectivement il se positionne comme un Paris à l’époque du Prince.

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