Essai contact du 2-11 Cycles MR4 TOUR

Moderne et traditionnel

Avant d’être livrés aux différents cyclistes prêts à chevaucher ces 2-11 Cylces MR4 Tour le temps d’une ou plusieurs épreuves longue distance, JP Ferreira – son concepteur – nous a confié l’une de ses deux machines fraichement montée et prête à partir pour la saison. Micro production en inox et design particulier, montage exotique, quelques tours de roue sur ce MR4 Tour s’imposent ! 

Par Yannick Oven

Pour lancer la commercialisation de son MR4, un kit cadre en acier Reynolds 853 Pro Team/fourche carbone à usage polyvalent «Allroad», le boss de 2-11 Cycles Jean-Philippe Ferreira a monté 2 vélos destinés à 6 coureurs qui se partageront ces machines sur les plus belles aventures du calendrier 2018. On peut notamment citer une présence sur : Malteni Gravel Bootleggers le 7 avril 2018, Gravel Tro Breizh du 6 au 13 mai 2018, Born to Ride du 8 au 13 juin, French Divide du 4 au 18 août et la Transcontinental Race du 29 juillet au…jusqu’à ce que ça se termine !

“Le MR4 est une randonneuse moderne et sportive”

Un détail, important mais pas tant de taille, ces 2 MR4 Tour produits sont en inox KVA tandis que les MR4 de série actuels sont en Reynolds 853 Pro Team (pour les 3 tubes du triangle principal) avec traitement cataphorèse du cadre avant peinture (coloris bleu gris). 2-11 Cycles prévoit cependant de produire quelques inox pour répondre à la demande de clients inexorablement attachés à ce matériau. En termes de comportement général, ces châssis inox KVA MS3 et 853 Pro Team sont très proches puisqu’ils partagent les mêmes géométries mais aussi des propriétés mécaniques semblables avec des limites élastiques (élevées) de 1400 MPa. Autre détail, le MR4 n’est disponible qu’en deux tailles, S/M et M/L, couvrant des gabarits de pilotes allant du mètre 63 à 1m93 dixit JP Ferreira.   


MR4 taille S/M

MR4 taille M/L


1m88, on est dans la fourchette d’utilisateurs admis, le M/L nous convient. Tige de selle de 400mm avec recul mais le MR4 est dessiné pour être utilisé avec une tige droite. Concernant l’extension de potence, on est resté sur un modèle assez court car le cintre Compass Randonneur est courbé à l’ancienne, c’est à dire profond et plaçant les cocottes suffisamment loin devant. Plutôt sceptique au moment d’enfourcher un vélo taille M/L, la position correspond finalement à nos marques habituelles utilisées sur des machines Gravel et Cyclosport avec pour seul bémol d’être trop court les mains en haut du guidon. L’idéal aurait été un cintre compact et une potence un peu plus longue mais il est également intéressant de tester ce cintre Compass atypique. De plus, l’essai étant de courte durée, les sorties à son bord furent plutôt toniques et ludiques sur des parcours majoritairement Gravel quelque peu accidentés, mains sur les cocottes ou au fond en bas du guidon où l’on exploite au mieux la machine en étant posé pour rouler dynamique.

9,7Kg avec pédales, 3 porte-bidons et un moyeu dynamo, on est pas mal ! Le vélo est assez compact, les valeurs d’empattement, de longueur et de Reach rappelant plutôt des tailles S ou M habituels tandis que la douille de direction est relativement haute. Un angle de selle un peu plus couché que la normale, une direction plus directe, des longueurs de bases (de 425 mm) à ranger plutôt dans la catégories courtes… Facile et agile si l’on résume en deux mots, le vélo est joueur et c’est davantage dans les petits sentiers tortueux qu’on l’apprécie le plus, surtout avec cette monte pneumatique Compass Steilacoom typée cyclocross qui mort la terre et permet de trouver du grip dans bien des circonstances, en premier lieu sur des surfaces meubles. Mais attention, le MR4 – comme tous les Gravel «polyvalents» du marché – n’est évidement pas un VTT et n’offrira jamais les mêmes performances qu’une machine XC. Les sentiers ludiques mais faciles, il se régale, les parcours techniques et accidentés, il faut y aller avec une certaine retenue et savoir mettre le pied à terre avant la chute ! Un Gravel «amusant» donc qui reste également compétent sur les pistes larges et sur la route où l’on va prendre du plaisir à forcer l’allure mais les trous dans la cassette 11 vitesses 9/46 dents ne permettent pas non plus d’en faire de trop. Si cette cassette e*thirteen offre une plage de développement de 511%, le revers de la médaille est cet étagement 9-10-12-14-17-20-24-28-33-39-46 dents qui ne favorise pas la vitesse pure quand on recherche à gratter le moindre kilomètre/heure. Il est très difficile de maintenir une cadence de pédalage bien précise sans passer par un écart de vitesse instantanée dès que l’on joue du dérailleur. Si l’on «visse» sur la durée, le moindre petit coup de moins bien et à l’inverse une période de boost nécessitant un changement de braquet perturbe le rythme et la sensation d’emmener trop gros ou de tourner trop vite sans avoir la possibilité de trouver le pignon idéal se fait facilement ressentir. Le MR4 monté ainsi, pour les cyclistes aimant les vélos compacts, sait rouler vite mais avec des fenêtres d’exploitation restreintes.

En termes de rendement l’efficacité est là, on ne ressent pas de torsion ou autre perte pouvant résulter d’un cadre trop souple, il y a du répondant avec un châssis rigide offrant juste ce petit côté élastique qu’il faut pour garder un pédalage fluide quel que soit l’intensité. Les roues légères, rigides et confortables aident également. Attention si vous pédalez en canard, légèrement ou fortement, les pieds peuvent toucher les bases évasées à l’arrière, ce qui nous est arrivé plutôt sur des sentiers lents et tortueux où l’on a tendance à bouger davantage les pieds pour gagner en stabilité.

MR4 Tour

Justement, selon les pilotes et les parcours, certains composants varieront (denture plateau et cassette, cintre, prolongateur). Reste néanmoins le fait que l’on est en mono-plateau, avantageux face au double sur certains aspects mais plus limité en usage. En ce qui concerne les autres composants de ce vélo, là aussi le choix variera selon les épreuves et les envies, particulièrement au niveau des roues avec du 650B ou du 700C, cercles en carbone Toray T800 ultra-légères (moins de 300g) rayonnées en Sapim CX-Ray. Les enveloppes Compass seront variables, lisses ou comme ici à crampons, 650B x 42 ou 48 mm, 700C x 35 ou 38 mm. Le moyeu avant à dynamo permet de recharger éclairage, GPS, smartphone pour les longues aventures citées précédemment. Moyeu arrière Tune Kong, pas forcément le plus fiable mais permettant d’alléger le train roulant au maximum, un contrôle et entretien régulier sont à considérer. Le freinage est confié à Juintech pour les étriers et Zeno pour les disques. Ces deux marques asiatiques proposent des produits atypiques, les étriers F1 étant hybrides, c’est à dire fonctionnant avec des pistons hydrauliques mais commandés par un tirage à câble, compatibles donc avec tous types de poignées mécaniques. Quant aux disques, ils sont flottants, la piste de freinage étant (légèrement) mobile par rapport à l’étoile de fixation. L’ensemble procure un freinage très progressif, moins sec et moins puissant que les références Shimano et SRAM pour comparer avec de l’hydraulique. Chacun ses goûts en la matière, ce couple Juintech F1/Zeno ROF est souple à la poignée et demande plus d’effort pour un freinage fort qui n’atteindra jamais la puissance d’un système complet hydraulique.
Le cintre Compass Randonneur et la selle Brooks Cambium All Weather C15, nous en parlerons très prochainement lors d’essais détaillés. A noter la présence de (très bons) porte-bidons King Cage, solides et se mariant à merveille avec ce cadre MR4 inox.
Les quelques périphériques BBB (potence, tige de selle, chaîne, boitier de pédalier) sont simples et de bonne facture, ils dénotent cependant en niveau de gamme avec le reste du vélo, il y avait mieux à faire.

L’art et la matière

Ce cadre… Des lignes fines, des contrastes étonnants, des détails qui attirent l’oeil. Le matériau tout d’abord, de l’inox en provenance du fabricant spécialisé américain KVA qui produit localement ses propres tubes, on est sur du très haut de gamme. Les haubans sont fins, des «baguettes» rectilignes de 10 mm de section seulement sur lesquels on trouve divers plots filetés pour monter porte-bagages et garde-boues, mais le MR4 n’est pas prévu pour être chargé comme une mule, sa conception initiale l’oriente idéalement vers une utilisation sans porte-bagages en privilégiant le mode Bikepacking Light avec donc un chargement léger et réparti sur tout le vélo. Une façon moderne et en vogue de voyager à vélo en considérant la performance et les distances journalières élevées. MR4 signifie d’ailleurs Modern Rando (le 4 indique quant à lui qu’il s’agit de la quatrième esquisse de JP Ferreira), 2-11 Cycles précise «l’essence des magnifiques randonneuses françaises si capables et si durables en y ajoutant les performances de l’aciérie contemporaine et les derniers standards de l’industrie». Le MR4 est une randonneuse moderne est sportive.
L’intérêt de ces haubans minimalistes est d’associer esthétique, mécanique et confort en offrant une souplesse verticale intéressante tout en contrôlant la rigidité latérale grâce à des bases plus imposantes et cintrées, le tout formant un triangle assez compact et équipé de pattes recevant un axe traversant.

En ce qui concerne le triangle avant, aucun cintrage et des diamètres habituels avec tubes de selle et diagonal en 28,6 mm et diagonal en 34,9 mm. Le diamètre de tige de selle est un très commun 27,2 mm, la boite de pédalier est au standard fileté BSA et la douille de direction est de type 44 mm, ce qui autorise la monte d’une fourche à pivot conique ou droit 1 pouce 1/8. D’ailleurs, ce MR4 Tour est ici équipé de sa fourche carbone d’origine (incluse à l’achat du kit cadre) à pivot conique mais une fourche acier à pivot droit, la FR4, est également disponible. Si la carbone est très légère (400g), elle est dépourvue de plots de fixation garde-boue et porte-bagages contrairement à la FR4 qui offre de multiples possibilités.

Les passages de gaines de dérailleur et frein se font en externe pour simplifier la maintenance, gaine continue (aucune buttée de gaine) mais la fourche carbone impose un passage interne de la gaine ou durite de frein avant, un cheminement externe aurait été plus judicieux pour une logique homogène. De plus, ce cadre n’est pas prévu pour un montage avec transmission double plateau sauf si l’on opte pour une transmission électrique sans fils SRAM Red eTap. Les transmissions Shimano Di2 ne peuvent pas être ici installées. Au niveau des autres spécificités, le jeu de direction Tange Seiki s’impose avec l’angle particulier du roulement inférieur venant se poser directement sur la fourche. Enfin, 3 emplacements porte-bidons, les classiques à l’intérieur du triangle principal et un sous le tube diagonal. Concernant la fabrication, elle se fait à Taïwan chez un petit fabricant tandis que toute la partie R&D a été réalisée en France.

Le 2-11 Cycles MR4 est un vélo admirable dans tous les sens du terme, avec une conception et une fabrication qui font de lui avant tout un très bel objet et une philosophie ouverte lui procurant un comportement bien dynamique. Châssis court et avant haut, ceux qui apprécient les vélos maniables et confortables trouveront leur compte ici. Le choix de tailles limité permet à bon nombre de cyclistes de trouver chaussure à son pied mais il faut rester prudent avec certains ajustements qui pourront pour certains gabarits ne pas être idéaux ou nuire à l’esthétique, une potence très basse ou excessivement haute par exemple. Un budget conséquent pour un acier mais pas si excessif pour ces machines fabriquées en très petite série et qui sortent de l’ordinaire.

2-11 CYCLES MR4 TOUR

Les + : Conception, originalité, joueur
Les – : Bases évasées, 2 choix de tailles

Cadre : inox KVA MS3
Fourche : carbone MR4
Jeu de direction : Tange Seiki Technoglide ZS225X
Dérailleur : SRAM Rival One
Poignées : SRAM Rival One
Cassette : e*thirteen TRS+ 9/46 dents
Chaîne : BBB BCH-11E
Pédalier : SRAM Force, boitier BBB BottomThread GXP, plateau Garbaruk Melon oval 38 dents
Freins : Juin Tech F1, disques Zeno ROF-160-1
Moyeu avant : Shutter Precision PD-8X-M
Moyeu arrière :
Tune Kong 142 x 12 mm
Jantes : carbone 2-11 Cycles
Rayons : Sapim CX-Ray
Pneus : Compass Steilacoom TC 700 x 38 mm
Cintre : Compass Randonneur 31.8 mm
Potence  : BBB DownForce
Tige de selle : BBB TopPost 27.2 x 400 mm
Selle : Brooks Cambium C15 All Weather
Porte-bidons : King Cage inox
Poids : 9,72 kg avec pédales et porte-bidons, en taille M/L
Tailles disponibles : S/M et M/L
Poids constructeur cadre nu : 1680g en inox et 1800g en Reynolds 853 Pro Team
Prix publics :
– Reynolds 853 Pro Team : 1290 € le kit cadre/fourche/axes traversants/jeu de direction/collier de selle
– KVA MS3 : 2390 € le kit cadre/fourche/axes traversants/jeu de direction/collier de selle

 

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