Essai du Specialized Rockhopper Pro

Fidèle à ses valeurs

Moins cher que le Chisel, plus sportif que le Pitch, le Rockhopper s’intercale dans la gamme Specialized pour offrir des prestations honnêtes à moindre coût pour les pratiquants s’intéressant aux parcours XC hors compétition. Test du fleuron de la famille Rockhopper, un VTT conçu pour se dépenser sans trop dépenser !

Par Yannick Oven

Si Specialized a construit sa réputation majoritairement grâce au modèle emblématique Stumpjumper apparu en 1981, on ne doit pas non plus oublier le Rockhopper arrivé 4 ans plus tard chez le constructeur californien, un VTT plus abordable financièrement que le légendaire Stumpjumper (le semi-rigide aluminium actuel s’appelant désormais Chisel) s’adressant aux sportifs désirant pratiquer le VTT XC dans de bonnes conditions sans objectifs de performance pure. L’ADN du Rockhopper, une géométrie efficace empruntée aux produits plus haut de gamme à orientation compétition mais un tarif moindre grâce à l’utilisation de matériau plus économique (aluminium A1) et d’un équipement en rapport.

La famille Rockhopper 

Une tranche budgétaire large couverte avec 4 versions homme avec un premier prix à 559 € pour le Rockhopper Sport, 649 € pour le Comp, 859 € pour la version Expert et enfin 1149 € pour ce Rockhopper Pro testé ici. Pour les dames, 3 modèles équivalents du Comp au Pro (pas de Sport donc) avec des tarifs identiques et en conséquence des composants adaptés pour la morphologie féminine (selle, guidon).
Le Rockhopper Pro est le seul modèle de la gamme à être monté en double-plateaux (contre 3 pour les autres) et cassette 10 vitesses (8 ou 9 pour les autres) avec un pédalier à axe intégré.

L’accès à la gamme supérieure Chisel se traduit par un supplément de 350 € avec le Specialized Chisel Comp affiché à 1499 €, un prix d’accès pour un VTT orienté compétition XC à l’inverse du Rockhopper.

Simplicité et efficacité

Pas de technologies dernier cri avec un cadre simple et épuré, néanmoins travaillé avec des tubes hydroformés en aluminium «A1», un matériau que l’on trouve sur les entrées de gamme Specialized depuis très longtemps. Ce travail des formes permet d’apporter de la rigidité tout en maitrisant le poids, on remarque l’absence d’entretoises au niveau des haubans et des bases, les sections aplaties permettant de s’en passer et d’éviter l’accumulation de boue au niveau des passages de roue. Axes de roues classiques à blocages rapides mais tout de même une douille de direction et un pivot Tapered (cônique) apportant davantage de modernité à l’ensemble. La finition est propre avec des soudures double-passe sur la partie haute du cadre et des orifices finement réalisés pour laisser entrer les gaines de dérailleur et durite de frein arrière. A noter l’existence d’orifices supplémentaires pour laisser la possibilité de monter une tige de selle télescopique à hauteur ajustable au guidon. 2 emplacements porte-bidons et la possibilité de monter un porte-bagages avec des filetages discrets en bas comme en haut des haubans avec un emplacement intérieur.

En termes d’équipement, c’est assez mixé mais homogène. Tous les composants maison possibles sont installés sur le Rockhopper Pro, du poste de pilotage à la selle, du pédalier aux jantes et pneus. La transmission 2×10 vitesses est étagée de façon à passer partout avec un 36/22 dents à l’avant et une cassette 11/36. L’écart entre les 2 plateaux est important, il est nécessaire de jouer du dérailleur arrière lorsque l’on passe du 36 au 22 ou inversement pour ne pas perturber de trop la cadence de pédalage et l’énergie à fournir. Plutôt que d’opter pour une transmission complète Shimano SLX, les chefs produits Specialized ont tiré vers le bas avec dérailleur avant et manettes Deore, une cassette SunRace et chaîne KMC moins couteuses. Quant au pédalier Specialized Stout à axe intégré, il s’accorde esthétiquement avec le reste de l’équipement et se montre rigide, le changement de plateau est un petit peu moins souple que sur un Shimano, référence en la matière.

Du côté des roues, le montage est assez osé puisque l’on trouve des jantes maison Stout disposant de peu de rayons, 28 à l’arrière et 24 à l’avant, l’intérêt de ce rayonnage étant de gagner du poids ce qui n’a pas grande importance sur ce type de machine et avec les composants employés ici pour le train roulant. Les pneus sont plutôt lourds car en tringle rigides et dotés d’un renfort anti-crevaison, normal à ce niveau de gamme, les pratiquants assidus pourront les troquer pour des enveloppes plus légères et Tubeless Ready, les jantes étant compatibles avec ce système. Les moyeux sont des bas de gamme Shimano, fiables et faciles à entretenir grâce au système cône/cuvette – contre écrou, faciles à réparer (en trouvant par exemple facilement un corps de roue libre en cas de casse), il faut bien surveiller qu’ils ne prennent pas de jeu pour ne pas les abimer. Leur point fort, des blocages rapides éprouvés mais qui serrent correctement et tiennent dans le temps. Les disques de freins sont à fixation CenterLock et le système de freinage hydraulique Shimano M365 n’est pas hyper puissant mais fait son travail, le dosage est facile, l’ergonomie des leviers est moyenne.

Selle Specialized Henge en version premier prix Sport, une bonne assise avec une bonne coupe et un bon équilibre entre fermeté et confort. Largeur de 143 mm convenant à bon nombre, certains pilotes pourront éprouver le besoin de changer. Le poste de pilotage est bien pensé, un cintre de 720 mm de large très légèrement relevé (10 mm) et un retour de 8°, parfait pour se sentir à l’aise et faire corps avec la machine. L’ensemble cintre/potence se montre suffisamment rigide pour ne pas ressentir de flou à l’usage, les grips maison assurent une bonne tenue avec leurs pointes de diamant sur le dessus et des rainures en dessous pour caler les doigts.

Globalement, un équipement fonctionnel et de bonne facture mais on aurait aimé un brin plus qualitatif sur un vélo proposé tout de même à 1149 €, on a déjà vu mieux dans cette tranche tarifaire 1000/1200 €. Coloris mat entre le rouge et l’orange avec marquages noirs accordés avec l’équipement, ça jette sans être trop agressif, le résultat est esthétiquement réussi. Le Rockhopper Pro existe aussi en noir brillant (voir fiche technique en bas d’article) pour ceux qui ne sont pas fans du orange tandis que la version dame est proposée en blanc.

Sur le terrain

Une prise en main facile avec une position sportive pas dépaysante et agréable, on est pas sur un vélo «typé» et l’on retrouve une géométrie un petit peu à l’ancienne avec une direction pas trop agressive – angle relativement «sage» de 69.8° et une potence assez longue et variable selon la taille du vélo (chaque taille a sa propre longueur de potence, 100 mm pour notre L de test par exemple, infos précises dans la fiche technique en fin d’article). Le déport de fourche est de 51 mm (la Manitou Markhor existe aussi en 48 mm), une valeur très courante sur les 29 pouces modernes et qui s’impose ici pour compenser cet angle de direction un peu plus direct que certains vélos actuels descendant à 69° ou moins.

«Stabilité et efficacité sont les premiers atouts qui ressortent du Rockhopper Pro»

On est ainsi bien installé, une position équilibrée et une direction stable et maniable sans pour autant être vive. Stabilité et efficacité sont les premiers atouts qui ressortent du Rockhopper Pro, les sorties dans les multiples sentiers de la forêt de Fontainebleau ont laissé apparaître un vélo très stable et facilement contrôlable dans les pentes négatives chaotiques mais le Rockhopper n’est pas spécialement joueur, il a été pensé pour l’efficacité avant tout et les franchissements – en montée comme en descente avec plus ou moins de vitesse – se font aisément, on peut clairement lâcher les freins en toute sécurité. Si le Rockhopper n’est pas vif, il accepte d’être brusqué pour le placer avec plus ou moins de réussite mais les adeptes de pilotage ludique n’y trouverons pas leur compte sur cette machine purement XC.

La vitesse pure n’est pas sa priorité, si l’allure dynamique et la fiche technique (cadre en aluminium A1 SL aux formes optimisées pour réduire le poids, géométrie Sport XC, roues surprenantes à peu de rayons – 24 à l’avant et 28 à l’arrière – et fourche Manitou Markhor légère et active) peuvent laisser augurer un certain niveau de performance, l’épreuve du terrain rappelle à la réalité avec tout simplement un vélo à sa place procurant des prestations en rapport avec cette catégorie de VTT. Inutile de se mettre dans le rouge, le Rockhopper Pro ne transmet pas toute la puissance au sol, une allure plus modérée mais restant rapide lui convient bien davantage. On va pouvoir ainsi exploiter les points forts de ce vélo, le poids contenu et des pneus maison polyvalents – Specialized Ground Control – très à l’aise et sécurisants dans les terrains meubles avec du grip latéral et de la motricité mais un rendement en demi-teinte sur les parties roulantes. De plus, la gomme dure n’apporte pas un grip terrible sur les parties rocheuses, à l’inverse des Ground Control plus haut de gamme. Selon votre territoire d’action, il pourra donc être intéressant d’opter pour un train roulant plus spécifique, ces Ground Control renforcés Flat Jacket à tringles rigides étant très bien pour les parcours plaine à vallonnés à sols composés majoritairement de terre.

Bon point pour la fourche qui confirme le renouveau de la légendaire marque Manitou avec un amortissement fluide et une bonne sensibilité, les imperfections sont bien gommées et la Markhor participe grandement à l’excellent niveau de stabilité évoqué précédemment. On hésitera pas à rajouter une vingtaine de PSI en pression d’air par rapport aux recommandations pour obtenir une machine plus dynamique et plus équilibrée. Il est facile de rentrer dans le débattement, comme bon nombre de fourches modernes d’aujourd’hui et la Manitou Markhor se durcit en fin de course pour éviter de talonner comme les produits plus haut de gamme. Un blocage au guidon facile à utiliser permet de la durcir en freinant fortement la compression, on s’approche alors d’une fourche rigide mais en étant pas complètement bloqué pour ne pas risquer d’endommager le système. Une fourche légère pour sa catégorie, réactive et sécurisante, c’est la bonne surprise de ce Rockhopper Pro.

Séduisant sur le papier, le Rockhopper Pro ne déçoit pas une fois lâché dans la nature. Une bonne géométrie et un bon amorti pour satisfaire les vététistes oeuvrant sur des parcours XC tels que ceux que l’on peut par exemple rencontrer sur les très nombreuses randonnées organisées le dimanche par des clubs locaux, le Rokhopper Pro se montrera à l’aise pour s’affranchir de toutes les difficultés rencontrées. Son prix est quelque peu élevé au regard de ce que propose la concurrence, en partie justifié par une bonne finition mais certaines machines mieux équipées existent à un tarif proche, inférieur ou légèrement supérieur.  

SPECIALIZED ROCKHOPPER PRO
Les + : présentation, stabilité, accessibilité, versions homme et dame
Les – : prix
Cadre : aluminium A1 SL
Fourche : Manitou Markhor, débattement 80 mm (XS), 90 mm (S) 100 mm (M, L, XL)
Dérailleur arrière : Shimano SLX 10 vitesses
Dérailleur avant : Shimano Deore
Shifters : Shimano Deore
Cassette : SunRace CSMS1 – 11/36 dents
Chaîne : KMC X10
Pédalier : Specialized Stout – 36/22 dents
Freins : Shimano M365, disques AV/AR 180/160mm (160 mm AV/AR sur petites tailles)
Jantes : Specialized Stout XC SL, 28 et 24 trous
Rayons : inox diamètre 2 mm
Moyeux : Shimano M35 CenterLock
Pneus : Specialized Ground Control Flat Jacket – 29X2.10 pouces
Potence : Specialized Stout 6°
Cintre : Specialized Stout Pro 720 x 10 mm, 8° Back, 6° Up
Grips : Specialized Sip
Tige de selle : Promax SP1 – 400×30.9 mm
Selle : Specialized Henge Sport 143 mm
Poids : 12,55 Kg en taille L, pesé sans pédales
Tailles disponibles : S, M, L et XL homme et XS, S, M, L dame
Coloris : orange mat ou noir/jaune brillant + modèle dame blanc/turquoise
Prix public : 1149 €

 

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Un commentaire sur “Essai du Specialized Rockhopper Pro”

  1. Bonjour,
    J’hésite entre un Pro ou un expert d’occasion.
    La différence est-elle vraiment justifiée pour le Pro ?

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